CONTENTION, LE MALAISE | Espace Infirmier
 

L'infirmière Magazine n° 356 du 01/01/2015

 

PÉDIATRIE

ACTUALITÉS

COLLOQUES

KAREN RAMSAY  

Une étude présentée lors de la 3e Journée de la recherche infirmière et paramédicale, fin novembre, interroge le point de vue des soignants sur une pratique souvent banalisée.

Embarras », « tabou », « gêne », « contrainte ». Face à la question de la contention en pédiatrie, l’étude menée par Bénédicte Lombart, cadre de santé à l’AP-HP, révèle un malaise latent chez les soignants. 35 paramédicaux – IDE, aides-soignantes, puéricultrices, etc. – ont questionné l’usage de la contention, qui « peut se transformer en une utilisation illégitime de la force, voire basculer dans la violence », a expliqué la cadre. Cette démarche visait à améliorer la qualité des soins et à prévenir les risques psychosociaux que peuvent engendrer de telles pratiques. L’étude Respect (Réflexion éthique soignante prévention contention), menée en 2013 auprès de cinq services de pédiatrie de quatre hôpitaux d’Ile-de-France, a permis de dégager quatre axes : la contention forte est perçue comme une fatalité « regrettable et paradoxale par rapport au rôle que le soignant doit jouer auprès de l’enfant » ; le mot « contention » est tabou et provoque un malaise ; c’est une « contrainte légitime » pour le soignant, tant pour des raisons organisationnelles que pour les besoins du soin ; c’est une pratique difficile qui demande d’« oublier l’enfant pour réaliser le soin ».

Hiérarchiser

Il y a, dès lors, note Bénédicte Lombart, « une mise en tension entre le but du soin (guérir, soigner) et le devoir du soignant (respect, écoute) », qui oblige le professionnel à hiérarchiser : d’abord, le devoir vis-à-vis de l’acte technique, puis celui vis-à-vis du groupe et de ses habitudes, et enfin le devoir vis-à-vis de l’enfant. « Le soignant se demande sans cesse comment les concilier, explique Bénédicte Lombart. Car bien qu’il fasse toujours preuve d’empathie et de bienveillance, dès lors qu’on évoque l’usage de la contention forte, l’enfant disparaît de son radar émotionnel. Et une sorte de “cécité empathique transitoire” se met en place, le temps du soin. » Ainsi, l’obligation de réaliser le soin occulte toute empathie pour l’enfant et conduit à une banalisation de la pratique, comme en témoigne cette soignante : « Idéalement, on ne ferait pas comme ça, mais on n’a pas le choix, il faut le faire. Ce qu’on me demande en tant que soignante, c’est de mettre cette sonde rapidement, et le mieux possible. J’oublie ce qui se passe, j’ai une sonde à mettre, c’est tout. » En amenant le soignant à parler de son malaise, l’étude permet de lui rendre une autonomie de questionnement sur cette pratique. Ce qui peut également lui donner une certaine légitimité pour arrêter un soin qui se déroule mal.

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