TRÈS CHÈRE DIALYSE | Espace Infirmier
 

L'infirmière Magazine n° 370 du 01/04/2016

 

INSUFFISANCE RÉNALE

ACTUALITÉS

FOCUS

CÉCILIE CORDIER  

Chaque année, plus de 80 % des insuffisants rénaux entrant en phase terminale de la maladie sont dirigés vers la dialyse en centre. La Journée mondiale du rein, le 10 mars, a été l’occasion pour les patients de dénoncer cette situation.

L’insuffisance rénale chronique terminale (IRCT) est l’une des rares pathologies pour lesquelles le traitement le plus efficace est le moins cher : la greffe. » Yvanie Caillé, directrice de l’association de patients Renaloo, peste contre la dialyse systématique, parfois débutée avant le niveau de défaillance rénale de 85 % recommandé par la Haute Autorité de santé.

En septembre, la Cour des comptes s’est penchée sur la prise en charge de l’IRCT. Très critique, le rapport révèle que « la tarification des modes de prise en charge s’est avérée très favorable à la dialyse en centre lourd ». La majorité des centres - privés - voient cependant leurs bénéficies diminuer avec la baisse des tarifs récemment engagée. Mais le rapport note aussi que 80 % de la rémunération des néphrologues serait issue des séances de dialyse. Ce qui n’incite guère à l’orientation vers la greffe.

Le ministère n’a pas souhaité s’exprimer sur la question de l’efficience des prises en charge. Ni sur la prévention, « alors qu’on sait qu’il faudrait une surveillance régulière pluridisciplinaire pour les patients à risque, diabétiques de type II et hypertendus », indique le Pr Christian Combe, néphrologue et président de la Société francophone de néphrologie dialyse transplantation.

À domicile

L’enjeu est de taille. En France, l’IRCT touche 73 500 personnes, dont 56 % dialysées, et engendre 4 milliards d’euros de soins chaque année. Un patient greffé coûte 73 000 € l’année de la transplantation, puis 15 000 € annuels, alors que les dialyses coûtent en moyenne 65 000 € par an et par patient(1).

Les patients non transplantés ont une espérance de vie et une qualité de vie moindres. La plupart sont contraints de passer trois demi-journées par semaine dans un centre, car la dialyse à domicile est très peu développée en France (5 %). Selon la Cour des comptes, en s’appuyant sur ce qui est pratiqué à l’étranger, elle pourrait convenir à 40 % des patients.

Yvanie Caillé, elle, plaide pour la greffe préemptive. Elle est soutenue par le député Gérard Bapt qui rappelle, dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Santé en février, que la France transplante moins que ses voisins. « La France est un des pays d'Europe où le nombre de patients greffés est le plus élevé en valeur absolue, modère Christian Combe. Mais les listes d’attente grandissent plus vite que le nombre de greffons. » La transparence de ces listes et de leurs modalités d’inscription fait débat. La Cour des comptes souligne les inégalités sociales et régionales chez les greffés. Yvanie Caillé y ajoute une difficulté à choisir cette option pour les patients, mal informés par leurs médecins (2).

1 - De 53 000 € pour la dialyse péritonéale non assistée à 87 000 € pour l’hémodialyse en centre lourd.

2 - Lire notre article consacré à l’étude de Renaloo sur l’information des patients publié sur Espaceinfirmier.fr, le 9 mars.