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Objectif Soins n° 194 du 01/03/2011

 

Actualités

Mathieu Hautemulle  

PRISE EN CHARGE → Le tout jeune centre de diagnostic et de traitement des plaies chroniques de Bordeaux-Bagatelle accueille jusqu’à trente patients par jour.

Avant même son premier anniversaire, en mai prochain, le centre de diagnostic et de traitement des plaies chroniques, intégré à la Maison de santé protestante de Bordeaux-Bagatelle (Gironde), dresse un bilan plutôt positif de son activité. Ce centre entend parvenir à « une prise en charge globale » et à « une réduction des délais de cicatrisation, en tentant d’améliorer le circuit du patient et d’optimiser les prises en charge », explique Pascal Toussaint, dermatologue(1).

Pascal Toussaint est l’un des deux médecins intervenant au centre. En consultations, le personnel compte aussi, entre autres, un cadre de santé (qui partage son temps entre toutes les consultations de l’hôpital) et trois infirmières (deux DU plaies et cicatrisations et un DU douleur). Ces IDE jouent un rôle majeur dans la prise en charge. Ce sont elles, notamment, qui accueillent les patients lors de leur première venue. Pendant 80 minutes au minimum, elles établissent un dossier psycho-social et médical. Elles évaluent le degré de gravité et le stade de cicatrisation de la plaie, la douleur (sur les plans quantitatif et qualitatif) du patient, le risque de dénutrition… Elles s’interrogent, en particulier, sur la nécessité d’examens complémentaires.

Double unité

Après ce recueil de données et un premier diagnostic étiologique, l’IDE réalise une synthèse en binôme avec le médecin. « Nous ne sommes pas des exécutantes, indique l’infirmière Patricia Bocquet. Nous ne sommes pas là que pour faire un soin : le soin, c’est l’aboutissement du travail commun. Nous participons complètement au projet thérapeutique et à la prise en charge. » Plusieurs questions se posent alors : Pourquoi la cicatrisation dure-t-elle si longtemps ? Quel pronostic donner ? Quels moyens mettre en œuvre ? Avec quelles priorités ? A l’infirmière d’établir le planning des rendez-vous. Parmi ses autres missions, l’éducation thérapeutique, la délivrance d’informations sur les contentions ou encore la communication avec les soignants en ville…

Ouvert cinq jours sur sept, de 8 h 30 à 16 h 30, le centre prend en charge vingt-cinq à trente patients par jour – dont trois à cinq nouveaux patients chaque matin –, le plus souvent pour des ulcères, mais aussi pour des plaies du pied diabétique, des escarres ou encore des plaies cancéreuses. Une séance pour soins classiques dure généralement 40minutes. Le centre ne propose pas que des consultations : il dispose également d’une unité d’hospitalisations de dix lits (en majorité pour la détersion et la greffe), commune à celle de soins de suite et de réadaptation gériatrique. Pourrait s’y ajouter, en hospitalisation de jour, un autre lit spécifique.

« En dehors de cette unité, on travaille aussi sur un plateau multidisciplinaire, sans lequel on ne peut pas monter un tel centre », précise Pascal Toussaint. Le centre, dont l’activité intéresse aussi les pôles de gériatrie ou de chirurgie, a en tant qu’établissement privé à but non-lucratif PSPH(2) pour vertu de « diversifier les activités ». Une stratégie payante. Dans le cadre de la tarification à l’activité, avec « la valorisation de ces séjours et des prises en charge de plaies lourdes, nous sommes devenus le deuxième service le plus rentable de l’hôpital en six mois », conclut Pascal Toussaint.

1 – Les témoignages de cet article ont été recueillis lors de la 15e Conférence nationale des plaies et cicatrisations, le 17 janvier à Paris.

2 – Participant au service public hospitalier (PSPH), désormais Espic.