LES INFIRMIÈRES NE VEULENT PAS QUITTER L’ÉDUCATION NATIONALE | Espace Infirmier
 

L'infirmière n° 005 du 01/02/2021

 

SANTÉ SCOLAIRE

JE DÉCRYPTE

LE MOIS EN BREF

Sandrine Lana  

Mi-décembre, la ministre en charge de la cohésion territoriale Jacqueline Gourault annonçait le projet de décentraliser la santé scolaire vers les collectivités territoriales. Infirmières et médecins sont vent debout depuis cette nouvelle.

Un mois après l’annonce, les infirmières et médecins de l’Éducation nationale attendent d’être reçus par le ministère pour en savoir plus sur les velléités du gouvernement de décentraliser la santé scolaire vers les départements.

Cela s’inscrit dans le cadre de la loi 4D qui devrait être étudiée en février en Conseil des ministres et qui remettrait entre les mains des collectivités locales des compétences aujourd’hui nationales. Les élus locaux souhaitent que la médecine scolaire rejoigne les protections maternelles et infantiles (PMI) déjà gérées par les départements. En mai 2020, la Cour des comptes abondait dans ce sens pour que l’on puisse « améliorer les performances [de la santé scolaire] trop souvent médiocres ».

Côté infirmier, on s’inquiète. « Il y a une nécessité que les infirmières de l’Éducation nationale fassent partie de l’équipe professionnelle de l’établissement. La décentralisation risque d’éloigner les professionnels de santé de l’établissement. Si on en sort, on ne sera plus dans la même dynamique de proximité », explique Saphia Guereschi du Snics-FSU. « Nous nous inquiétons de la focalisation de l’État sur les bilans de santé qui n’est qu’un pan de la promotion de la santé à l’école. Ce qui va être déshabillé par la politique territoriale, c’est la consultation infirmière à la demande, qui, par nature, est individuelle et ciblée. »

Si la santé scolaire passe sous la tutelle des territoires, il est possible que les infirmières rejoignent des services médicaux de santé, auprès des médecins scolaires pour le dépistage, le repérage mais sans consultation infirmière. Pour le principal syndicat de médecins scolaires, la décentralisation pose également question. « Pour la santé scolaire et pour les médecins scolaires, c’est une mauvaise chose. Nous voulons rester médecins de l’Éducation nationale à l’Éducation nationale. On a des relations de travail privilégiées avec les infirmières, les CPE, les chefs d’établissement », confirme le Dr Marianne Barré, secrétaire générale adjointe du SNMSU-Unsa. Rejoindre les PMI pour devenir un pôle de santé rebute également les infirmières qui craignent « un éloignement des familles si le seul lien avec la santé scolaire devient un avis suite à un bilan de vingt minutes », poursuit Saphia Guereschi.

Depuis les annonces par voie de presse mi-décembre, les syndicats infirmiers et médecins de l’Éducation nationale attendent des annonces officielles de leur ministre Jean-Michel Blanquer qui n’arrivent pas. Cette incertitude vient s’ajouter à une pénurie d’infirmières et de médecins scolaires. Le Snics-FSU craint que le passage aux départements serve aussi à « faire des économies d’échelle » s’il n’y a plus une infirmière par établissement et renforce l’inégalité territoriale pour les élèves.

86,6/100

C’est la note la plus élevée, attribuée pour la prise en charge par les infirmières et aides-soignantes, recueillie dans le cadre du dispositif d’IQSS (Indicateurs de qualité et sécurité des soins).

COVID-19

Depuis le 2 décembre 2020, et jusqu’au printemps 2021, un décret permet aux médecins du travail de prescrire ou de renouveler des arrêts de travail pour les salariés atteints ou suspectés d’infection à la Covid-19, et d’établir un certificat médical pour les personnes vulnérables, leur permettant d’être en travail partiel. L’infirmière peut, sous supervision du médecin, effectuer un prélèvement nasopharyngé ou un test antigénique.

COVID : LE TRIBUT DES INFIRMIÈRES

Selon une enquête du Conseil international des infirmières (CII), au 31 décembre, 2 262 infirmières ont succombé à la Covid-19, dans 59 pays. Un chiffre sûrement très en deçà de la réalité, précise le CII, regrettant l’absence de données nationales pertinentes. Plus de 60 % des décès seraient intervenus en Amérique, avec, en tête, le Brésil, le Mexique et les États-Unis. La contagiosité est préoccupante avec plus de 1,6 million de soignants infectés dans 34 pays. Dans de nombreux pays, comme en Iran où plus de 60 000 infirmières ont été contaminées, les IDE sont les personnels de santé les plus touchés. Le CII s’inquiète aussi de l’aggravation du stress et du burn out. Le Conseil, qui prévoyait une pénurie de six millions d’IDE d’ici à 2030, n’exclut pas qu’elle se situe plutôt autour de 14 millions. « Les pouvoirs publics doivent agir maintenant […], s’ils ne veulent pas hypothéquer la santé de leur pays », indique le CII dans un communiqué.