Les situations avec de multiples victimes (SMV) - Infirmière Magazine n° 287 du 15/10/2011 | Espace Infirmier
 

L'infirmière Magazine n° 287 du 15/10/2011

 

FORMATION CONTINUE

FICHE TECHNIQUE

Tous les secouristes, professionnels ou volontaires, peuvent être amenés à gérer une SMV. Peu fréquente, cette situation nécessite une organisation et une prise en charge différentes de celles menées dans les interventions « classiques ».

DÉFINITION

• La situation avec de multiples victimes (SMV) est une situation ou un accident dans lesquels le nombre de secouristes initialement présents pour prendre en charge les victimes est inférieur au nombre des victimes elles-mêmes. Les moyens humains et matériels sont donc inadaptés durant un temps donné (correspondant au délai d’intervention des renforts) pour assurer cette prise en charge. Cette inadéquation génère des difficultés sur le terrain, en termes d’organisation comme de gestion du stress.

• Ces situations avec de multiples victimes peuvent se présenter, entre autres, dans :

– Les catastrophes du « trafic »: routier, ferroviaire, aérien, maritime.

– Les incendies de grande ampleur : lieux d’habitation, établissements de santé (hôpital, maison de retraite…), établissements publics (théâtre, salle de concert…).

– Les catastrophes naturelles : tremblement de terre, inondation, avalanche, glissement de terrain, tornade…

– Les accidents « sociaux » : manifestation/ mouvement de foule, attentat (prise d’otages, explosion…).

– Les catastrophes technologiques : fuite ou épandage de produit à risque NRBC (nucléaire, radiologique, bactériologique ou chimique), explosion, feu d’hydrocarbures…

– Les accidents infectieux : intoxication collective, épidémie endémique, bioterrorisme…

BILAN INITIAL ET REPÉRAGE

Le premier témoin ou secouriste (qu’il soit seul ou qu’il fasse partie d’une équipe constituée) a une action primordiale et essentielle. Mais il doit avant tout maîtriser son stress afin d’être le plus efficace possible.

• Il doit effectuer une reconnaissance rapide du site et assurer la sécurité, en recherchant et en évaluant les dangers potentiels, pour lui-même, pour les victimes et pour les renforts à venir.

• Il doit définir la nature du sinistre et le nombre de victimes.

• Il doit transmettre (par téléphone ou par radio) sans délai les informations recueillies aux secours publics (centre de traitement de l’alerte ou CTA, au n° 18, ainsi qu’au centre de réception et de régulation des appels ou CRRA, au n° 15). Celles-ci doivent être communiquées dans un langage clair et concis et annoncer qu’il s’agit d’une SMV afin que l’interlocuteur puisse se faire une image précise de la situation. Ce bilan expose :

– la situation sur place ;

– les premières constatations ;

– la nature de l’accident ;

– le lieu d’intervention avec l’adresse exacte ;

– les risques potentiels ;

– les mesures de sécurité prises ou à prendre ;

– l’état des victimes, l’accessibilité du sinistre avec les lieux de rassemblement et les voies d’accès ;

– et, enfin, les secours déjà sur place.

• Il doit procéder à un repérage des victimes afin de réaliser les gestes de premiers secours au profit de celles qui en ont besoin. Il s’agit du repérage secouriste dont les objectifs sont de localiser les victimes et d’identifier l’ordre dans lequel elles doivent recevoir les gestes de secours indispensables de façon à bénéficier au plus grand nombre.

Ainsi, il sera demandé aux victimes valides de se déplacer vers le point de regroupement des victimes (PRV), établi dans une zone sécurisée et surveillé par un secouriste lorsque des renforts seront arrivés.

ABORD DES VICTIMES

• En parallèle, les victimes seront abordées : les secouristes vont les examiner et les séparer rapidement (la règle d’or est de ne pas rester immobile auprès d’une victime) en fonction de la présence ou non d’une détresse vitale et de l’urgence des gestes de secours à réaliser. Cet abord étant effectué dans un environnement difficile, il doit être simple et basé uniquement sur les compétences techniques de l’équipe de secours. Il doit se limiter à l’examen de l’état de conscience, de la respiration et de la circulation (sauf s’il y a nécessité de stopper une hémorragie extériorisée, de libérer les VAS, de mise en PLS).

• Pour éviter un examen successif des victimes, il existe une classification par code couleurs (étiquette noire = victime DCD ; étiquette rouge = urgence absolue ; étiquette jaune = urgence relative ; étiquette verte = victime d’aspect indemne).

• Attention ! Face à cet événement inhabituel, il est indispensable d’accepter le fait que les victimes les plus atteintes (qui sont normalement traitées en priorité) seront prises en charge plus tardivement. Il faut aussi accepter le fait que les victimes déclarées DCD seront laissées de côté (pas de réanimation entreprise au départ).

SURVEILLANCE

• Il ne faut pas oublier que l’état des victimes peut évoluer défavorablement entre le moment de l’étiquetage et le moment de la prise en charge. La surveillance devra donc être réalisée dès que possible.

• Au fur et à mesure de l’arrivée des secours, l’équilibre entre le nombre des victimes et celui des soignants sera rétabli. Les gestes d’urgence et les soins médicaux pourront être dispensés.

LE « PLAN  ROUGE »

→ L’ampleur de certaines SMV justifie la mise en place de plans particuliers, dont le « dispositif Orsec nombreuses victimes », nouvelle appellation du « plan rouge ».

→ Il est mis en œuvre en cas d’ACEL. L’accident catastrophique à effet limité est un cas particulier de SMV. Il se définit ainsi : « Un accident ou une situation unique (explosion, accident de bus, épidémie…) entraînant un afflux brutal mais relativement limité de victimes (10 à 100) plus ou moins gravement atteintes, au plan physique et/ou psychique, auquel les secours ne peuvent faire face immédiatement du fait de l’inadéquation entre les besoins et les moyens immédiatement disponibles ou de l’inhibition de ces moyens par l’accident. » Il peut aussi s’agir d’une situation évolutive (ex. : feu de maison de retraite).

→ Les étapes du « plan rouge » sont le ramassage, le tri et la catégorisation, les soins au sein d’un poste médical avancé (PMA), puis l’évacuation. L’enjeu est d’arriver à mettre en adéquation le nombre des victimes et celui des sauveteurs, le tout sans déplacer la catastrophe.

→ Il ne doit pas être confondu avec le plan Orsec, dispositif plus général. En cas de catastrophe à moyens dépassés (CMD, nécessitant des moyens nationaux, voire internationaux), c’est ce plan Orsec général qui est mis en œuvre.

POUR EN SAVOIR PLUS

→ Pour apprendre à mieux faire face à une situation de SMV, il existe des formations de type diplôme universitaire de médecine de catastrophe, destiné aux médecins, infirmiers et secouristes. Ce DU est notamment délivré par les universités de Nancy-1 et de Bordeaux-2.

→ Le référentiel national PSE 2, dans sa partie 11, aborde les SMV pour les équipiers secouristes. Il est en ligne sur le site du ministère de l’Intérieur (http://bit.ly/rnpse2).