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22/08/2018

La dépendance, en d'autres termes

Stéphane Aymard, docteure en philosophie et auteure d'une thèse sur la question du maintien de l'autonomie chez les sujets âgés dépendants, estime que certaines précautions sont nécessaires pour désigner la dépendance. Elle s'explique.

Actuellement, il est courant de parler des personnes résidant en Ehpad en employant l’expression « personnes âgées dépendantes ». Pourtant, ce terme n’est pas neutre et porte en lui une certaine représentation. En effet, loin d’indiquer seulement un besoin d’aide pour les actes de la vie quotidienne (selon la définition de la dépendance médicale), l’expression « personne âgée dépendante » implique une certaine vision du résidant d’Ehpad qui, si l’on n’y prête pas attention, peut le réduire à son état de dépendance. Comme on le dit, « il est dépendant ». Ces tournures langagières, parfois commodes car rapides, ont donc l’inconvénient d’enfermer la personne dans un état de fait, une condition non choisie, et souvent apposée par l’extérieur.

Or, il me semble qu’en matière de gérontologie, un changement de terminologie est à effectuer, comme cela a été le cas pour le handicap, lors de l’adoption du texte de loi du 11 février 2005. Qu’apporterait l’expression « personne âgée en situation de dépendance » par rapport à l’actuelle « personne âgée dépendante »  ? Comme dans le champ du handicap, cela permettrait d’éviter de focaliser la problématique sur la personne âgée, en prenant également en compte son environnement. Ainsi, au lieu d’estimer qu’elle est « globalement » dépendante, comme si cela était un état de fait, nous pourrions aussi considérer les conditions qui mettent la personne âgée dans cette situation.

Rappelons que le terme « dépendance », loin d’être neutre, renvoie pour une large part à une connotation négative. Être dépendant de quelqu’un revient à être à sa merci, ne serait-ce que pour un temps donné. Ce qui caractérise ainsi les « situations de dépendance », c’est le caractère asymétrique assigné temporairement à la relation. Il faut souligner qu’elles engagent, pour l’une des deux personnes, la satisfaction d’un besoin vital ou sa dignité. Aussi, celui ou celle qui est en situation de dépendance s’en remet potentiellement à l’« arbitraire » de l’autre, voire à sa force, ce qui explique le basculement possible vers de la maltraitance.

Par ailleurs, la personne amoindrie se retrouve temporairement en situation d’attente, sans réelle prise sur le présent. Ces situations induisent ainsi chez elle un sentiment d’humiliation, d’indignation ou de révolte, qui peut la conduire à lutter pour rester digne, au sein de cette relation asymétrique. Ainsi, distinguer la « dépendance » de « situations de dépendance ponctuelles » permet à la fois de mieux identifier ces situations, de rendre au sujet âgé sa marge d’autonomie et de liberté, ainsi que la possibilité d’être défini autrement que par une situation médicale ou d’assujettissement.

Retrouvez sa chronique dans L'Infirmière magazine de septembre 2018 (n°396).

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