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19/12/2016

Une pomme de pin pour la reine

Il était une fois en psychiatrie, c’est l’histoire d’une rencontre. Celle de Christophe, jeune IDE pris dans la tourmente, et de Germaine, la «vieille collègue » dont la délicatesse triomphe de toutes les situations. C’est l’invité du mois de L’Infirmière magazine.

Laura aimait la pluie. La pluie et les rivières d’Islande, ses montagnes en hiver, ses forêts en automne, le silence de ses églises, l’odeur de ses ports. Elle n’avait jamais mis les pieds dans ce pays, mais elle en était la reine. Peu lui importaient les moqueries... non, elle n’était pas folle. Comme toutes les reines islandaises, elle était douce et prévenante. Pourtant, un jour, elle m’a griffé. Car Laura détestait le vieil hôpital psychiatrique où je travaillais. Cent fois peut-être déjà, elle y avait été hospitalisée sous contrainte. Souffrant de schizophrénie, elle entendait des voix, pas toujours bienveillantes.

Ce matin-là, après son arrivée dans ce service qu’elle connaissait pourtant si bien, je n’avais pas su entrer en contact avec elle. Elle avait près de cinquante ans, j'étais jeune et nouvel infirmier, à l'âge d'être son fils. Devant sa grande désorganisation psychique, un transfert dans la partie fermée du service s’est rapidement imposé. Comme le protocole l’impose, j’ai tenté d’expliquer à ma patiente Reine de l’Islande la nécessité pour elle de nous confier son sac à main qui semblait déborder d’objets saugrenus. Mais Laura refusait et le serrait contre elle avec force. Elle restait de marbre, et moi je doutais. Que devais-je faire ? Le protocole était clair, pas d’objet personnel. Avec toute la douceur possible, je me suis approché et j’ai délicatement tendu la main vers son sac. Mais cela a déclenché son attaque, car l’instant d’après, j’étais marqué d’une large balafre au visage. Laura criait au scandale, j’étais figé, nous étions dans l'impasse. « Lui as-tu demandé ce qu’elle a dans son sac et veut à ce point garder auprès d’elle ? », m’a alors chuchoté ma collègue Germaine.

En voyant ma vieille collègue apaiser ma patiente en quelques secondes, je compris. Laura avait peur et voulait juste garder une pomme de pin, celle que je voulais ranger au vestiaire en suivant le protocole, celle qui la reliait à l’Islande pour je ne sais quelle raison. J’étais allé trop vite, Germaine avait pris le temps. Laura a gardé la pomme de pin dans sa poche pendant toute l’hospitalisation et était rassurée. « Prends le temps, relativise et apaise », m’a dit plus tard ma collègue avec un sourire. Le protocole n’avait pas souffert de cet écart et surtout notre relation avec Laura s’est immédiatement et durablement améliorée. Tout cela grâce à une pomme de pin. À moins que ce ne soit grâce à Germaine. Ou les deux…

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