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30/11/2017

Violences sur mineur : un infirmier intersexe porte plainte

C’est une première en France. Une personne intersexe a déposé plainte contre X pour « violences volontaires sur mineur ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ». Une information judiciaire, en cours au parquet de Clermont-Ferrand, vise « la reconnaissance du caractère mutilant de ces opérations ». 

La démarche de cet infirmier de 38 ans, Camille (1), est rapportée par le quotidien 20 minutes. Né en 1979 avec des caractéristiques sexuelles à la fois masculines et féminines, le petit garçon subit, dès l’âge de trois ans, sept interventions chirurgicales. Des opérations dont l’objectif ont pour objectif de le « rendre » homme, genre duquel il se révèle le plus proche physiologiquement. Un « simple problème de tuyauterie » à remettre en état, confie à l’époque un médecin qui le prend en charge. Pourtant Camille paie encore aujourd’hui les conséquences des actes dont il a été l’objet : « J’en viens à calculer tout ce que je bois parce qu’à chaque fois que je dois aller aux toilettes, j’ai l’impression de pisser des lames de rasoir. »

Des actes médicaux abusifs et non nécessaires pour garantir son existence, selon l’intéressé. « Mon intersexuation ne me mettait pas en danger de mort. Mais ça, on ne l’a jamais expliqué à mes parents, raconte-t-il au journaliste Vincent Vantighem. Mon état ne leur a jamais été expliqué dans un langage clair et compréhensif. C’était en 1979. Aujourd’hui, je pense qu’il est temps de dire aux médecins qu’ils sont hors-la-loi ! »

Une « minorité invisible »

Aujourd’hui adulte et militant de la cause intersexe, Camille a décidé de s’engager pour les autres. « J’ai attendu d’avoir 36 ans pour comprendre que j’avais été mutilé. Je veux maintenant éviter cela aux autres enfants », argumente-t-il à 20 minutes. Lors du premier forum international intersexe, accueilli par le Festival de cinéma de Douarnenez (Finistère), en 2015, le sociologue, activiste trans et intersexe, et fondateur du mouvement intersexe en Europe, Vincent Guillot, regrettait déjà la « méconnaissance absolue des Intersexes, par conséquent une invisibilité totale. Quant aux violences subies…no comment. »

En octobre 2015, la députée du Finistère, Maryvonne Blondin, avait interpellé la ministre de la Santé, sur la situation des enfants intersexes nés en France : « Les actes de chirurgie corrective qui en découlent sont qualifiés de véritables mutilations et tortures par les institutions des Nations unies et le Conseil de l'Europe, dans son rapport de 2013 sur les droits des enfants à l'intégrité physique. Au-delà de la violence physique, ces personnes sont niées dans ce qu'elles sont intrinsèquement. Les discriminations dont elles sont victimes entraînent bien souvent leur précarisation (…) En Allemagne, les interventions chirurgicales ont été différées jusqu'à l'âge de quinze ans, le temps que l'enfant puisse véritablement donner son avis. Or, en France, s'impose un délai de trois ans pour remplir la fameuse case : “Femme” ou “Homme”. Nous en sommes là ! » En mars 2017, la cour de cassation de Paris avait ainsi rejeté la demande de Gaëtan Schmitt, 66 ans, d’obtenir l'inscription de la mention « sexe neutre » sur son état civil. Aujourd’hui en France, environ 1 enfant sur 5 000 naîtrait intersexué.

Carole Tymen

1. Nom d’emprunt

Pour aller plus loin :

- Restitution vidéo du premier forum international intersexe : http://bit.ly/2j45xWJ
- Document thématique du Conseil de l’Europe sur les droits de l’homme et personnes intersexes. Sont notamment abordés les thèmes de la réassignation d’un sexe et l’obtention du consentement parental : http://bit.ly/2AIYwFl
- La réalisatrice Régine Abadia a suivi pendant plusieurs mois l’activiste breton Vincent Guillot et l’artiste allemand Ins A Kromminga, tous deux intersexes. Leur rencontre a donné lieu au documentaire « Entre deux sexes », sorti en 2017. Un film de 67 minutes qui dit avec délicatesse et humour « l’émancipation de leur minorité invisible et meurtrie ».

Les dernières réactions

  • 19/12/2017 à 15:49
    anonyme
    alerter
    Je peux entendre les difficultés qu'il a du vivre. Mais porter plainte en fonction des critères actuels sur une situation de 38ans, c'est se mettre en difficulté, et mettre les autres face à des responsabilités qui n'existaient pas à l'époque.
    Les oblig

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