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22/06/2021

Aides-soignants : plus de compétences, mais toujours sous la coupe des IDE

Avec la publication, le 12 juin, de l’arrêté actant la réingénierie du diplôme d’aide-soignant, les instances représentatives espèrent attirer des candidats et valoriser une profession jusque-là peu reconnue. Un pas en avant terni par l’impossibilité pour ces professionnels d’exercer en libéral.

Si elle n’a pas participé directement aux négociations, c’est avec un grand ouf de soulagement que Martine Levron, aide-soignante dans un service de soins à domicile dans le Morbihan (56), a accueilli la nouvelle de la publication du texte législatif redéfinissant la formation et le métier d’aide-soignant au Journal officiel, le 12 juin dernier. « C’est une très bonne chose que la concertation, entamée en 2015, soit enfin terminée, mais c’est encore mieux qu’elle aboutisse à la reconnaissance de tout ce que nous faisons sur le terrain. Cela permet de légiférer les actes que l’on pratique depuis des années, alors que, jusqu’à présent, ils n’étaient pas pris en compte dans notre référentiel », détaille-t-elle. Parmi les actes supplémentaires, auxquelles celle qui prendra sa retraite d’ici trois ans fait allusion, la réalisation de lavages oculaires et l’instillation de collyres ou encore l’application de certaines pommades anti-inflammatoires sur prescription médicale. Autant de soins auxquels s’ajoutent aussi la mesure de la saturation en oxygène, des prélèvements non stériles (selles, urines, expectorations), la lecture instantanée des données biologiques urinaires ou encore la pose et le changement des masques destinés à l’aide respiratoire pour les malades en situation chronique stable, que les aides-soignants pourront désormais réaliser en plus des soins d’hygiène.

Un métier plus attractif

L’objectif de cet élargissement de compétences ? Répondre aux enjeux du vieillissement de la population et du maintien des patients à domicile en formant plus de professionnels capables de prendre en charge les personnes âgées dans leur vie quotidienne et leurs pathologies. Une réforme qui vise surtout à renforcer l’attractivité du métier et augmenter les effectifs de professionnels. « On est satisfait des avancées apportées par cet arrêté, qui reconnaît notre travail à sa juste valeur et contribue à l’étoffer grâce à l’ajout d’actes supplémentaires. Côté statut, le passage du niveau V à IV du classement des métiers du social et, pour les agents du public, en catégorie B, permettra aussi certainement d’attirer de nouveaux candidats », se figure Arlette Schuhler qui, en tant que secrétaire de la Fédération nationale des associations d’aide-soignant (Fnaas), est membre du groupe de travail formé à cet effet par le Haut Conseil des professions paramédicales (HCPP).

Rôle propre aide-soignant : la déception

Autre évolution très attendue par les aides-soignants, mais pour laquelle les instances représentatives n’ont finalement pas obtenu gain de cause : la question du rôle propre de l’aide-soignant, avec l’idée d’ouvrir la voie à une pratique libérale. Une perspective qui, faute de soutien suffisant, notamment de la part des Idels (lire notre article « Aides-soignants : réingénierie du diplôme en ordre de marche »), a dû être abandonnée le 17 juin lors d’une réunion de travail du HCPP. De quoi doucher l’enthousiasme de la représentante de la Fnaas. « Je suis vraiment déçue car, dans mon esprit, il y avait une lueur d’espoir pour l’obtention d’une certaine autonomie pour pratiquer les soins courants sur des patients stabilisés. Hélas, celle-ci s’est soldée par un échec. Par conséquent, les AS continueront d’en référer à l’IDE, comme avant. » De son côté, le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), qui s’est prononcé plusieurs fois contre une prise en charge plus autonome des AS, ne cache pas sa satisfaction. « On n’est pas contre le fait que le champ de compétences des AS soit élargi, mais il faut que cela soit réfléchi de façon globale, dans l’intérêt du patient. Si actes supplémentaires il y a, il faut dans tous les cas qu’ils soient encadrés par une IDE coordinatrice », expose Marianne Pache, secrétaire générale du syndicat.

Prêts dans deux mois ?

Pas de possibilité d’exercer en libéral dans un avenir proche, mais de gros changements au sein des Institut de formation d’aides-soignants (Ifas) à prévoir dès la rentrée 2021. Durée, modalités des enseignements, mais aussi sur le contenu… en quoi consistera concrètement le nouveau diplôme d’État d’aide-soignant (DEAS) ? Rallongée de deux mois pour un total de 44 semaines, la formation alternera équitablement 22 semaines de théorie et autant de terrain, via quatre stages différents, dont trois d’une durée de cinq semaines et un de sept semaines réalisé en fin de cursus. Par ailleurs, l’arrêté prévoit la possibilité de mettre en place une double rentrée, une en septembre et l’autre, entre janvier et mars. Le concours d’entrée, quant à lui, est supprimé. Enfin, l’obtention du diplôme repose sur la validation de cinq blocs de compétences. « Ce qui est intéressant, c’est qu’un élève peut tout à fait en valider certains une année et le reste l’année suivante, dans la mesure où sa formation n’excède pas une période maximale de deux ans. Cela peut être plus simple à gérer pour lui et pour son employeur », applaudit Florence Girard. Reste que, pour la présidente de l’Association nationale des directeurs d’école paramédicale (Andep), la publication de l’arrêté intervient bien tard. « Cela représente énormément de travail pour être prêt dès la rentrée prochaine. Outre l’aménagement de la formation, il va falloir donner beaucoup d’informations dans les équipes si on veut parvenir à recruter d’ici là. »

Éléonore de Vaumas

Les dernières réactions

  • 22/06/2021 à 19:58
    Dol
    alerter
    Que c'est beau le secteur de la santé en 2021

    Des syndicats qui se massacrent pour une histoire de boulangerie à contre courant des problématiques de terrain où des cadres de santé imposent depuis des années aux AS/AP hors champs de compétence des soins les mettant en danger juridiquement.

    Ils ont fait quoi, les AS/AP pour être traité avec si peu de respect par certains syndicats IDEL ? Vous n'êtes pas au courant que certains IFAS n'arrivent plus à recruter, car ces métiers sont tellement déconsidérés, n'offrent aucune perspective pro en raison des conditions de travail déplorables, à l'instar de TOUS LES METIERS DE SOINS, sachant que les pouvoirs publics financent de moins en moins de formations dans le cadre de la formation pro ?

    Vous n'êtes pas au courant que certains EHPAD & SSIAD ne trouvent plus d'AS et ASH ? Que depuis quelques années maintenant, on demande à des IDE de faire fonction AS/AP à l'hopital ou en clinique, et bientôt ASH ?

    N'êtes vous pas conscient de la gravité de la situation ?

    Cela ne vous a pas suffit ce qui s'est passé ces deux dernières années maintenant ? Ok, préparez vous à déguster comme jamais dans les mois/années à venir, à soigner des personnes qui n'ont pas été suivies depuis deux ans, et à assurer des soins aux patients ayant des maladies chroniques non stabilisées.....sans parler des troubles psychologiques qui ont explosé......à côté le COVID, ce sera du délice.

    Bon courage, vous allez en avoir grandement besoin.
  • 23/06/2021 à 07:38
    alerte
    alerter
    quelle honte ce gouvernement n'a pas compris le corporatisme des infirmières et des infirmières spécialisées

    QUE D'HYPOCRISIE il y a longtemps que les aides soignantes travaillent seules sans les infirmières qui ne sont pas capables compte tenu de leurs faibles connaissances de contrôler qui que ce soi
    les infirmières sont devenue des distributrices de médicaments et des pousses seringues
  • 25/06/2021 à 08:26
    Un pousse seringue
    alerter
    En effet ce genre d'attitude et plus globalement de "savoir être", donne envie de vous confier davantage de tâches...
    La fonction infirmière ne se définit pas par le "contrôle" de quoique ce soit.
    C'est autre chose.
    Savoir effectuer des actes n' implique pas obligatoirement le fait que vous ayez les compétences nécessaires pour surveiller un patient stabilisé car en effet çà ce déstabilise très vite un patient.
    Et faut-il pouvoir le voir venir!
    Pour pouvoir analyser l'état de santé d'un patient dans sa globalité, il faut tout de même certaines compétences et en plus être capable de faire des liens, ce qui n'est possible qu'avec un apport de connaissances plus conséquent que celui contenu dans la formation d'aide-soignant.Pour laquelle j'ai déjà beaucoup de respect.

    Donc, il ne suffit pas de prendre des mesures pour s'autoproclamer infirmier, encore faut-il pouvoir les mettre en relation avec d'autres éléments.
    Les compétences infirmières peuvent être acquises par les aides soignants et cela sans le moindre problème, il faut simplement pour cela aller faire l'école d'infirmières.

    Le problème n'est donc pas que les syndicats infirmiers vous respectent ou pas car ils le font.
    Il est question de respecter le patient et sa prise en charge!
    Bon courage à vous!
    Un pousse seringue.
  • 25/06/2021 à 10:45
    Gmka
    alerter
    Aujourd'hui on parle de laisser au maximum les gens chez eux. Mais on interdit aux aides soignant d'ouvrir un cabinet de soins à domicile. Égoïstement les infirmiers libéraux ne veulent pas perdre leur business bien juteux. Les as sont capable de faire les toilettes a domicile et s'occuper de l'environnement propre . Alors laissons le droit de pouvoir ouvrir un cabinet liberal.
  • 25/06/2021 à 10:48
    Futur ex soignant
    alerter
    Formé il y a 11 ans par un IFAS avec d excellentes formatrices!!!
    Déformé en 10 ans par l hôpital et écoeuré !!!
    Je travaille en gériatrie . Quand je suis arrivé, projet, plans de soins du patients. Aujourd'hui, un mouroir...
    Les cadres défilent et sont de moins en moins compétents et avec les ide, ça délèguent +++ et plus d esprit d'équipe ( chacun ses missions ) quand il manque du personnel AS
    Un cadre, c est un infirmier à la base qui peux remplacer une ide ponctuellement et qui ne.....le fait pas. On demande au AS
    Les nouveaux diplômés ne veulent plus y travailler et ceux qui viennent pensent avant tout à leurs congés et leurs plannings. Les anciens ont tenus tant qu ils pouvaient, le covid et la considération de l état et des DG ont fini le boulot.

    Pas de moyens, pas de projets, pas de coordination.
    C est la réalité. Face caméra, tout pour le patient, la réalité, faire des économies ( embauches, contrats, renouvellement matériel etc... )
    Aide soignant où je travaille :
    Soins, administratifs, référents patients, référent selon une compétence, déménageur, réparateur, contrôleurs de mes collègues, formateurs, logistiques, gestion conflits familles, collègues, médecins qui prescrivent sans voir le patient.
    Congés ou récup difficile à poser, heures pas payées ou au lance pierre ( hors covid) . Un week end sur 2 et jours fériés a travailler. Les fêtes de fin d année, les arrêts a gogo! Et on se rend compte que les chambres de remplissent de plus en plus difficilement vu le prix et la prestation fournie. Et quand il arrivent, l autonomie est très limitée et les troubles cognitifs importants. Ma structure et le personnel n est plus adapté et pas de travaux prevus.
    Je suis de plus en plus favorable à l idée de maintenir les pers âgées chez elles et qu elles y finissent leurs vies.
    Je suis pour l euthanasie par rapport à mon vécu et mon expérience.

    Je suis d accord avec ce qui a été dit auparavant dans les commentaires

    Alors moi mon interrogation, compléter la formation pour apporter du mieux aux patients et créer une coordination des soins, oui, oh que oui.
    Ce sont les hommes et les femmes qui forment une équipe mais comment déterminer les motivations des futurs agents sans entretien??????

    Petit message pour les élèves et étudiants, lâchaient moi ce téléphone portable pendant vos heures de stages!!!!!

    Franchement, depuis le nouveau référentiel ide, la théorie, c est bien mais alors la pratique.... La blague.
    J ai peur de la qualité et de l offre de soins dans les prochaines années !!!!
  • 25/06/2021 à 12:50
    Dol
    alerter
    Bonjour pousse seringue

    D'abord je valide totalement les arguments d'ex soignant qui l'espère va s'accrocher même si je comprends l envie de quitter la blouse car je suis également dégoûté.

    Le problème est très simple Monsieur ou madame. Des cadres IDE alimentent le basculement des tâches et ne font pas l'objet de contrôles sérieux de la part des ARS les mettant en danger juridiquement.

    Si cette situation ne dérange pas certains IDE et IDEL , moi elle me pose un TRES gros problème. Sur le respect du patient et de la sécurité des soins, je valide à 100% .

    Pendant longtemps, les plus anciens ont tenu, tenu et comme l'a très bien ex soignant , le covid les a achevé ! La 1ere vague a été le chant du cygne .... maintenant qu'ils sont partis , je plains les futurs IDE et IDE qui commencent leur carrière.

    Des AS qui désertent les EHPAD ,une formation en 15 j proposée par la DGOS pour les ASH souhaitant être AS, des secouristes qui font les tests PCR, des IDE obligés de bosser dans certains EHPAD avec des Agents hôteliers, et vous pensez que la situation va rester telle quelle sans conséquences ?

    Que ça peut continuer ainsi ? Alors j'espère que vous êtes prêt à bosser sur un champ de ruines car ce sera le quotidien du soignant malheureusement.

    Bon courage vraiment car votre action ne relève pas d'un sacerdoce mais d'un sacrifice à ce niveau là.




    Le
  • 26/06/2021 à 10:57
    Dol
    alerter
    @ pousse seringue

    Par contre, avant de juger les membres d'autres corporations, commencez d'abord à faire le ménage dans la vôtre. La différence entre moi et certains de vos confrères/consœurs, nous on a un casier vierge. Aucune diffamation, je suis même prêt à répondre au responsable de ce site, et je ne serai pas condamné par cette affirmation car elle repose sur des rapports venant des pouvoirs publics.

    Je rappelle que parmi les pros de santé, les kinés et infirmiers sont les plus gros fraudeurs à la sécurité sociale, ce n'est pas Dol qui l'affirme mais à demi-mot un rapport de la Cour des comptes et les décisions de justice qui vont avec. ( (titre du rapport : LA LUTTE CONTRE LES FRAUDES AUX PRESTATIONS SOCIALES - septembre 2020 = Cour des comptes)

    Je vous invite à lire la presse et notamment lire la catégorie faits divers.

    Maintenant le fond de l'affaire, concernant les ordres donnés par les cadres IDE et certains IDEL qui sont en violation complète du Code de Santé Publique, très simple, j'invite les AS/AP/ASH, s'ils reçoivent des ordres violant la législation :
    - 1°/ Exiger un écrit (mail, courrier) qui indique nature des tâches et les soins IDE qu'on vous demande de faire (qui ne respectent pas le CSP et vos missions)
    - 2°/ Exiger un avenant au contrat qui prévoit une clause spécifique mentionnant la nécessité de faire des actes IDE.
    Bien entendu, une telle clause est inégale et sera annulée devant les juridictions, et surtout, aucun hopîtal acceptera.

    Ainsi, en cas de poursuite, si vous êtes licenciés ou autre, ou dépôt de plainte d'un patient et que la hiérarchie vous cherche des problèmes, votre avocat pourra plaider le lien de subordination. Croyez moi, ça limite la casse !

    Et surtout, si pas d'écrits, la meilleure chose à faire = AUCUN SOINS et barrez vous ! Il vaut mieux être chômeur, travailler au mcdo que d'avoir des gros problèmes avec la justice et les avocats des familles, qui eux, vous rappelleront le contenu du CSP en cas de dommages corporels !

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