12 mai : six infirmiers parlent de leur expérience | Espace Infirmier
 

12/05/2022

12 mai : six infirmiers parlent de leur expérience

Ce 12 mai est célébrée, comme chaque année, la Journée internationale des infirmières, jour de naissance de Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers modernes. L’occasion de donner la parole à des IDE, Idels, cadres, etc., mis en avant dans « Objectif Soins & Management » et « L’Infirmièr.e », et de partager leurs réflexions et initiatives.

« De nombreuses étapes ont été franchies depuis vingt ans »

Hélène Salette, directrice générale du Secrétariat international des infirmières et infirmiers de l’espace francophone (Sidiief) : « Dans cette période de post-crise de Covid, le contexte est morose, la profession est fatiguée et se plaint du peu de reconnaissance et du manque de valorisation de ses compétences. Toutefois, de nombreuses étapes ont été franchies depuis vingt ans, il ne faut pas l’occulter. Les institutions infirmières francophones se sont consolidées : le Sidiief est bien ancré, il sert de levier de positionnement, c’est un réseau qui permet d’échanger, de prendre position, de donner naissance à des documents inédits en français. De plus, de nombreux ordres infirmiers ont vu le jour et servent de socle au développement de la profession, même si au quotidien sur le terrain les infirmiers ne le mesurent pas toujours. La formation infirmière a fortement évolué, avec les accords de Bologne et la mise en œuvre de la filière LMD, qui permet le développement de différents rôles cliniques tels que la pratique avancée grâce à la formation universitaire, un élément de succès pour sauver les systèmes de santé. À noter aussi l’élargissement des rôles infirmiers : la vaccination, par exemple, en France, la prise en charge infirmière dans les soins de plaie et le droit de prescrire au Québec, la naissance de l’infirmière pivot (coordonnatrice de soins). Enfin, autre avancée majeure, le développement de chaires de recherche permettant aux infirmières, qui ont toujours fait de l’innovation et de la recherche dans leur pratique, d’embrasser des projets à plus grande échelle et avoir un impact positif plus large. » Propos recueillis par Claire Pourprix

Extrait de « Le Congrès du Sidiief, haut lieu du savoir infirmier francophone », Objectif Soins & Management, n° 286, mars-avril 2022.

« Créer des espaces de créativité au sein des établissements pour favoriser les innovations »

Marie-Esther Degbelo est infirmière anesthésiste de profession. Repérée par le collectif Femmes de Santé, elle a mis au point l’application Internet Koalou, une application pensée pour mesurer et faire baisser l’anxiété préopératoire chez les jeunes malades. Son constat : « Aujourd’hui, j’observe que c’est bien souvent le patient qui tourne dans l’hôpital et non l’hôpital qui tourne autour du patient. Or, il me semble important de changer ce paradigme et de placer la personne soignée au centre. Quand il s’agit d’un enfant, il ne faut pas oublier son entourage : parents, fratrie, etc., ainsi que son environnement scolaire. Il s’agit de la base de son équilibre et de sa capacité à bien vivre une hospitalisation ou une intervention chirurgicale. Nous voulons aider les professionnels de santé à améliorer la prise en charge globale autour de l’enfant mais également les familles à se réapproprier leur santé. » Et son regard sur l’espace laissé à aux initiatives, notamment dans les formations en soins infirmiers : « J’ai constaté que, bien que les études sont très intéressantes, elles n’ouvrent pas toujours de nouvelles perspectives. Elles sont relativement cadrées, laissant moins de marge de manœuvre pour la gestion de projets, comme peuvent le faire par exemple les écoles de commerce. Par ailleurs, j’ai évolué dans un contexte où notre rôle était essentiellement prescrit. Cela ne nous a pas toujours conduits à sortir des sentiers battus. Ce n’est que très récemment que j’ai découvert de nombreux outils informatiques qui aideraient beaucoup d’étudiants dans la gestion de projet (Slack, Trello, Notion, Canva, etc.). Je pense qu’il serait intéressant de créer des espaces de créativité au sein des établissements pour favoriser les innovations. Je reste persuadée que nous devons prendre conscience du talent et de la valeur que nous avons en tant qu’infirmières. De nombreuses start-up sont lancées par des professionnelles de santé qui rêvent de changer, à leur manière, la façon de prendre soin. Ne dites pas que vous ne pouvez pas ou que vous ne savez pas : aujourd’hui, tout s’apprend. Si c’est ce qui vous tient à cœur, faites-le ! » Propos recueillis par Lisette Gries

Extrait de « L’entrepreneuse du soin aux enfants », L’Infirmièr.e, n° 7, avril 2021.

« Nous avons un rôle de promotion de la santé et de diffusion des mesures préventives »

Alexandre Robert, infirmier de formation, spécialiste de la santé globale, s’intéresse aux liens entre les activités humaines et les conséquences sur la santé des humains et des écosystèmes. Il a cofondé l’association Alliance Santé Planétaire. Son constat : « Actuellement, les infirmiers n’ont pas la possibilité d’exercer dans des conditions dignes, c’est-à-dire bien formés aux problèmes de santé environnementale et rémunérés à la hauteur du bénéfice social qu’apporte leur profession dans la société. » Son credo : « En tant que professionnels de santé, nous avons un rôle de promotion de la santé et de diffusion des mesures préventives. Nous ne pouvons pas être uniquement au bout de la chaîne, sur les conséquences et le soin à la maladie. Nous nous devons d’instiller la prévention au sein de nos sociétés et auprès de nos patients pour qu’ils puissent prendre en charge leur santé. C’est vraiment au cœur des soins infirmiers qui visent à l’autonomisation du patient. Si nous ne transmettons pas les messages et les bons comportements, comment les patients peuvent être autonomes face à leur santé ? » Et son rêve : « Créer une réserve sanitaire (française ou européenne) avec des soignants qui feraient de la prévention et de la promotion de la santé dans les territoires pour prévenir et agir sur les causes délétères à la santé (changement climatique, perte de la biodiversité, pollutions diverses, etc.). Lors d’une crise, comme celle de la Covid-19, ces professionnels, formés à la gestion des épidémies, viendraient en renfort au système de soins en apportant une compréhension globale de ce qu’il se passe. Prendre soin de soi, des autres et du vivant, c’est la même chose. Car tout est lié et ne forme qu’un. Notre santé est planétaire. » Propos recueillis par Isabel Soubelet

Extrait de « Un ambassadeur de la santé planétaire », L’infirmièr.e, n° 15-16, décembre 2021-janvier 2022.

« Dépister des situations de violences intrafamiliales »

Florence Jakovenko est infirmière libérale à Cendras, dans le Gard, et membre de l’Association nationale française des infirmières et infirmiers diplômés et des étudiants (Anfiide). Depuis 2017, elle développe son expertise dans le domaine de la prise en charge des victimes de violences intrafamiliales. Elle explique les raisons de son engagement : « Dans ma pratique, j’ai été confrontée à différentes reprises à des situations de maltraitance envers mes patientes. J’ai parfois même assisté à certaines scènes face auxquelles je me suis retrouvée démunie. En tant que libérale, les premiers interlocuteurs auxquels on pense sont les médecins mais ils sont tout aussi dépourvus que nous. J’avais alors l’impression de ne pas aller au bout de l’accompagnement infirmier que je dois apporter aux victimes. […] Nous sommes une profession majoritairement féminine, alors si nous ne nous sentons pas concernées, qui va l’être ? Mais il est vrai qu’en France, ce rôle infirmier n’est pas valorisé financièrement. Il faudrait créer un acte ou autoriser les infirmières libérales à coter des Actes infirmiers de soins (AIS), ce qui nous permettrait de donner le temps nécessaire à la personne victime. » Selon elle, une formation aux violences intrafamiliales est indispensable pour que les infirmières puissent agir : « Cette problématique est complexe et, en tant que soignants, nous pouvons y être confrontés quotidiennement, sans le savoir, dans nos prises en charge. La formation permet donc de se rendre compte de l’ampleur du problème, de comprendre l’incidence de ces violences sur la santé physique et psychique des victimes, qui vont souvent développer de l’anxiété, des troubles du sommeil, des douleurs chroniques, une diminution de l’estime de soi, voire de la dépression. Dans le cadre de son rôle propre et en étant formée, l’infirmière a alors toutes les compétences pour pouvoir dépister des situations de violences intrafamiliales. » Propos recueillis par Laure Martin

Extrait de « Une voix contre les violences », L’Infirmièr.e, n° 12, septembre 2021.

« J’ai besoin de construire aujourd’hui et demain avec l’équipe soignante »

Christelle Galvez a fait ses premiers pas à l’hôpital comme aide-soignante. De manière intuitive, sa carrière a évolué, passant du métier d’infirmière au management, jusqu’à prendre la direction des soins infirmiers du Centre Léon Bérard de Lyon. Nommée Femme de Santé 2021, elle témoigne sur son parcours : « Tout est possible, si on a envie on y arrive, il ne faut rien lâcher, ne pas se laisser submerger par le quotidien. Je ne me suis pas dit un matin : je vais devenir infirmière, puis cadre, puis directrice des soins. Mon parcours s’est organisé naturellement. C’est une suite de belles rencontres de personnes qui m’ont fait confiance et qui m’ont donné confiance. » En poste à la Cclinique Turin, à Paris, Christelle Galvez travaille en service de soins puis en salle de réveil du bloc opératoire. « J’ai appris à prendre en charge le patient dans sa globalité, grâce à des professionnels de santé pluridisciplinaires qui m’ont formée. Quand on rentre dans une chambre, c’est une rencontre humaine, on doit tout voir et cela, bien au-delà du patient. » Dès 2005, elle évolue sur des fonctions de manager. « Au bloc opératoire, je pensais trouver un univers bien réglé, mais ce n’est pas ce que j’ai découvert. J’ai fantasmé le métier de manager en pensant qu’on était là pour tout faire, pour permettre d’éviter les erreurs de ses collaborateurs. Mais en fait, travailler avec l’humain, c’est accepter nos failles, les erreurs, apprendre à gérer le fait que mon équipe est à la fois performante et perfectible. » De 2008 à 2010, elle suit un master en alternance à l’ESC de Toulouse en management d’établissement de santé. Cela la conduit à prendre un poste de directrice des soins, toujours au sein de la Clinique Turin, de 2010 à 2012. « J’avais tout juste 30 ans et j’avais l’impression que j’étais responsable du bonheur des gens dont j’avais la charge, se souvient-elle. En fait, je m’étais donné la mission de prendre soin d’eux, et je me suis confrontée à la fatigue des professionnels de santé, à leur usure. Certains, qui étaient des mentors, pouvaient avoir une approche maltraitante. J’ai pris conscience que des questions n’étaient pas résolues et j’ai préféré arrêter pour aller voir dans d’autres domaines comment les managers avaient répondu à ces questions. Sinon, je serais devenue manager dans la supervision, le contrôle, plutôt que dans l’accompagnement et la mobilisation de l’esprit d’équipe. […] J’aurais pu poursuivre ma carrière en tant que directrice d’établissement, mais j’ai préféré la direction des soins car j’ai besoin de construire aujourd’hui et demain avec l’équipe soignante. Je travaille à faire en sorte que le quotidien des soignants ait le plus de sens possible chaque jour, chaque nuit, en pleine pandémie et après. » Claire Pourprix

Extrait de « Christelle Galvez, le management par l’immersion », Objectif Soins & Management, n° 285, février-mars 2022.

«  Une loi pour que tous les administratifs viennent sur le terrain »

Ancien Idel, Abdelaali El Badaoui a fondé l’association Banlieues Santé. L’objectif : s’attaquer aux inégalités de santé. Avec son association, il a par exemple créé une appli qui propose des vidéos de prévention en différentes langues parlées dans les quartiers (arabe algérien, peuhl, etc.) au moment de la crise du Coronavirus qui a frappé les territoires défavorisés plus durement que les autres. Son constat : « Il est vrai que la Seine-Saint-Denis, par exemple, a payé un lourd tribut, avec une surmortalité de 130 %. Cela ne nous a pas surpris, nous l’avions déjà écrit et signalé. Il faut réagir, et faire en sorte que cela ne se reproduise plus. L’enjeu c’est d’identifier les habitants hors parcours, et de les reconnecter. […] Je pense qu’il y a une certaine résilience des habitants des quartiers, beaucoup d’associations ont été extrêmement actives pendant la période, il y a eu une réelle solidarité des professionnels de santé, des habitants, des collectifs. […] La question est de savoir comment on transforme toute cette humanité pour améliorer les inégalités sociales de santé. » S’il était un court temps ministre de la Santé ? « Déjà, je ne le serai jamais ! Mais si je devais mettre une mesure en place, et une seule, ce serait une loi pour que tous les administratifs viennent sur le terrain voir ce qu’il se passe, qu’ils comprennent et apprennent des gens qui vivent ces inégalités, pour arriver à mieux diffuser et essaimer les initiatives qui peuvent avoir un impact sur la vie des habitants. L’enjeu, c’est de limiter le risque d’une nouvelle catastrophe sanitaire et sociale. » Propos recueillis par Adrien Renaud

Extrait de « L’infirmier qui amène la santé au cœur des banlieues », L’infirmièr.e, n° 1, octobre 2020.

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    Henriette Amunazo
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