Indignons-nous ! | Espace Infirmier
 

Objectif Soins n° 194 du 01/03/2011

 

Éditorial

Sylvie Gervaise  

Récemment, l’ancien résistant Stéphane Hessel nous enjoignait de nous indigner en citoyens. Et nous, cadres de santé, qui sommes-nous ? Jusqu’où allons-nous accepter que les infirmières s’éreintent au point de fuir ? Leurs postes ainsi rendus vacants deviennent les proies idéales pour les prestidigitateurs des TPER(1). Le nombre total d’emplois ne doit pas excéder le chiffre en bas à droite sous peine de passer du noir au rouge. Magie d’Excel ! Peu importe ce qui, dans la colonne, est nul – comprenez bien égal à 0…

Hessel recommande de trouver un motif d’indignation, peut-être qu’en cherchant un peu nous allons pouvoir pointer quelque chose qui nous soit insupportable à tous ? En le lisant, avez-vous comme moi pensé à quelqu’un de proche lorsqu’il dit que « la pire des attitudes est de dire : je n’y peux rien, je me débrouille ». Il faut le reconnaître, les cadres de santé sont redoutables dans leur endurance à tout faire avec peu, voire rien. Pourtant, c’est toujours vers eux que les médecins, les patients, les familles, les infirmiers, les aides-soignants, les directeurs, les étudiants se tournent en demandant plus et toujours mieux. Dites, ça fait pas mal de monde pour quelques cadres résistants, non ?

Oui, nous sommes malmenés, exaspérés, « l’exaspération est un déni de l’espoir », même s’il est dit qu’il n’est nul besoin d’espérer pour entreprendre… Nous ne pouvons plus tout accepter, sauf le droit d’être reconnus pour nos valeurs, nos compétences, nos projets de recherche en soins, dont les patients seront les premiers bénéficiaires. Nous ne devons plus nous contenter d’une reconnaissance affective, liée à notre dévouement ! Encore faut-il que nous en soyons convaincus, et que nous soyons fiers et forts de notre identité professionnelle.

Merci monsieur Hessel, nous faisons nôtre votre indignation…

(1) Tableau Prévisionnel des Emplois Rémunérés