[Le refus de soins, entre respect de l’autonomie et souci de bienfaisance] | Espace Infirmier
 

L'infirmière n° 034 du 01/07/2023

 

ÉTHIQUE ET SOINS AU QUOTIDIEN

J’EXERCE EN LIBÉRAL

SPÉCIALITÉ

Marie-Claude Daydé  

infirmière libérale

Voilà plusieurs jours que Mme D., âgée de 79 ans, qui vit seule, refuse les antalgiques avant la réfection de son pansement d’ulcère, qui, dit-elle « ne servent à rien ». Comment comprendre le sens de ce refus, alors que la patiente manifeste des signes de douleur ? Son état cognitif ne semble pas altéré. Comment accueillir ce refus qui reste un droit de la personne soignée, corollaire du consentement éclairé ? La soignante est un peu déstabilisée et perçoit la situation comme une remise en cause de sa pratique. De quoi ce refus peut-il être l’expression ? Tenter de comprendre repose sur l’écoute (pouvoir entendre) et nécessite une communication adaptée à la personne. Le refus de soins peut être considéré comme une situation à risque dans la relation soignantsoigné et doit être entendu par le professionnel. Il invite les soignants à se centrer sur la singularité du sujet dans une négociation respectueuse sans imposer ni culpabiliser. Dans cette situation, en lien avec les autres professionnels de santé (médecin, kiné, etc.), l’infirmière explore le rapport que la patiente entretient avec les antalgiques, en l’occurrence des morphiniques à très faible dose. Ceci va lui permettre de comprendre le sens de ce refus, à savoir la peur de la patiente de ne plus pouvoir rester chez elle, car les morphiniques sont pour elle synonymes de confusion, de somnolence… or elle est très attentive à ne pas chuter pour la même raison.

Le projet de soins sera revu en équipe introduisant des moyens de soulagement non médicamenteux permettant de limiter les morphiniques.

Il convient que le respect du droit de refus de la personne soignée ne se transforme pas en indifférence de la part du soignant mais au contraire en ouverture de la relation pour trouver ensemble des solutions qui vont permettre que le souci de bienfaisance du soignant soit en adéquation avec le respect de l’autonomie décisionnelle du patient.