MÉDECINS AU FOND DE LA NUIT | Espace Infirmier
 

L'infirmière n° 010 du 01/07/2021

 

FILM

JE ME CULTIVE

Thomas Laborde  

Ils parcourent la ville, toute la nuit durant, seuls dans une voiture, pour venir en aide à ceux qui ont mal, qui ont peur, qui flippent. Des médecins qui ont choisi la solitude, la torpeur, le fond de la nuit pour exercer dans une ville qui parfois dort, souvent souffre. Mikaël est l’un d’eux. Il travaille dans des quartiers difficiles de Paris, beaucoup avec les toxicomanes. Ça se voit sur sa gueule blafarde et cernée, il n’en peut plus : sa vie de famille vacille et il s’enlise dans un trafic de fausses ordonnances de Subutex dans lequel l’a entraîné son cousin endetté, pharmacien. Médecin de nuit immerge dans le sacerdoce de ces professionnels à la mission fébrile. Et pointe un système qui prend l’eau. Vincent Macaigne, connu pour sa mine pataude et son espièglerie, plonge ici dans une noirceur terrible et porte à merveille, avec Pio Marmaï, Sara Giraudeau et Sarah Le Picard, ce drame habité d’un flottement nerveux. La mise en scène tient du grand film noir à la française comme du cinéma documentaire. Se dégage alors de cette nuit qui voit ceux qu’on veut oublier s’agiter une humanité vertigineuse.

Médecin de nuit, Élie Wajeman (France, 2020), 1 h 22. Au cinéma.