Nadia Tiberti, IPA aux urgences : "Quand nous serons trois, nous arriverons à assurer le planning de jour" | Espace Infirmier
 
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05/01/2023

Nadia Tiberti, IPA aux urgences : "Quand nous serons trois, nous arriverons à assurer le planning de jour"

Nadia Tiberti est l’une des cinq IDE à avoir obtenu le tout nouveau diplôme d’État infirmière en pratique avancée mention Urgences, dispensé à Aix-Marseille Université. Elle explique son choix d’orientation et la plus-value de ses nouvelles fonctions au centre hospitalier du Pays d’Aix.

Au moment où vous avez entamé votre formation d’IPA, la mention Urgences n’était pas encore officiellement créée. Quelles étaient vos motivations à l’époque ?

Nadia Tiberti : Après avoir exercé dix ans aux urgences, j’avais besoin d’évoluer professionnellement, et notamment en ayant une plus grande implication dans l’élaboration de la démarche diagnostique. En me renseignant sur le métier d’IPA, j’ai vu que cela faisait partie de ses attributions. C’est pourquoi, cela m’a tout de suite parlé. C’est vrai que quand je me suis lancée en septembre 2020 dans la formation, la mention Urgences n’existait pas encore. Toutefois, sa création avait déjà été évoquée par Madame Buzyn, alors ministre de la Santé, en 2019. J’ai eu la chance de réaliser mon DE (diplôme d’État) à l’AMU, l’université d’Aix-Marseille, la seule qui avait fait le pari de lancer un cursus pour cette mention avant la sortie du décret précisant les contours de ce nouveau métier.

En quoi consistent vos nouvelles attributions ?

N. T. : Cela me rend compétente pour prendre en charge des patients, prescrire des actes techniques ou des examens complémentaires et établir des conclusions cliniques pour des motifs de recours peu complexes, tels que l’ingestion de corps étrangers sans signe de gravité, une douleur anale, une hyperthermie isolée, l’exposition à une maladie contagieuse, un œil rouge non douloureux*. Ceci est possible dans la mesure où un médecin de la structure intervient au cours de la prise en charge. En cas de motif de recours plus complexe en revanche, c’est le médecin qui m’adresse le patient et je travaille sous sa conduite diagnostique à la prise en charge des patients. L’examen clinique, l’anamnèse, le diagnostic différentiel, les examens complémentaires et l’élaboration d’hypothèses diagnostiques, toutes ces démarches sont réalisées en collaboration, par le médecin et par moi, et nous décidons ensemble du devenir du patient. Dans tous les cas, j’ai un rôle de coordination avec tous les acteurs de santé qui travaillent autour du patient : les professionnels en intra-hospitalier, les équipes mobiles de gérontologie, les spécialistes, le médecin traitant, l’Idel.

Après votre formation, vous avez regagné votre ancien service, quel accueil vous a-t-il été réservé ?

N. T. : Pendant mes études, que j’ai réalisées à temps partiel, je revenais régulièrement sur mon lieu de travail. Tout comme ma collègue, Anne-Sophie Swyndauw, qui a fait la formation en même temps que moi. À chaque fois, nous discutions beaucoup avec nos collègues, très curieux d’en savoir plus sur ce nouveau métier. Dans mon service, les médecins ont l’habitude de s’appuyer sur les paramédicaux, qui travaillent côte à côte avec eux. La confiance et la communication sont reines ; ce qui a certainement contribué à ce que la mise en œuvre de nos nouvelles fonctions se fasse en douceur. À notre retour définitif aux urgences, il a toutefois fallu qu’on mette au point un nouveau protocole d’organisation. Celui-ci définit les modalités de prise en charge, d’échange d’informations entre l’IPA et le médecin, de réunions de concertation pluriprofessionnelle mais aussi quand renvoyer le patient vers le médecin. Pour faciliter la tâche des infirmiers d’organisation de l’accueil (IOA), nous avons réalisé un tableau qui liste les motifs de recours, en fonction de leur complexité, de façon à ce qu’il leur soit plus facile d’orienter les patients. Ce travail a été mené en juillet dernier avec l’ensemble de l’équipe médicale, les IDE, les cadres de santé, les DSI. Tout le monde s’est montré très volontaire. Dans cette entreprise, notre encadrement nous a aussi beaucoup aidées. L’hôpital d’Aix est un des seuls hôpitaux à bénéficier des services d’une infirmière hospitalo-universitaire dont le rôle est la préfiguration de l’implantation des IPA dans les établissements. Sa présence a vraiment été un plus.

Pensez-vous que l’arrivée d’IPA soit une solution pour soulager les urgences ?

N. T. : De manière générale, tout le monde s’accorde sur le fait que c’est une véritable plus-value pour fluidifier le parcours de soins et améliorer la qualité des prises en charge aux urgences. Je ne pense pas en revanche que cela suffise à désengorger les urgences. Pour cela, il y aurait d’abord un gros travail à effectuer afin de mieux gérer d’une part la problématique du manque de médecins traitants en ville et de l’autre les lits d’hospitalisation en aval des urgences. À notre niveau, il faudrait aussi qu’en tant qu’IPA on puisse avoir le droit à la primo-prescription pour certaines thérapeutiques. C’est là, la principale limite de notre métier. La possibilité d’un exercice infirmier avancé dans le domaine des urgences n’en reste pas moins le signe d’une vraie progression pour notre secteur. Pour les IDE, cette perspective d’évolution contribue à améliorer l’attractivité du métier. Il est donc vraiment important de sensibiliser les IDE actuels et futurs à l’intérêt de cette profession et d’aider ceux qui souhaitent se lancer dans ce type d’études à monter leur projet. C’est l’une de mes missions en tant que coréférente au collège Urgences de l’Association nationale française des infirmier.e.s en pratique avancée (Anfipa) que j’ai rejointe après ma titularisation cet été. Nous ne sommes pas nombreux aujourd’hui, mais j’espère que cette nouvelle mention suscitera des vocations supplémentaires. Dans notre service, une troisième IDE est partie en formation cette année. Elle sera opérationnelle dans deux ans. Quand nous serons trois, nous arriverons à assurer le planning de jour. Il faudrait le double de recrues pour pouvoir couvrir aussi la nuit, mais c’est déjà un progrès.

Propos recueillis par Éléonore de Vaumas. Extrait de l’interview parue dans le numéro 27-28 de L’infirmièr.e, page 7.

BIO EXPRESS

2007 : Obtient le diplôme d’État d’infirmière (DEI), intègre le service de cardiologie du centre hospitalier (CH) du Pays d’Aix.

2010 : Exerce au sein du service d’accueil et de traitement des urgences du CH du Pays d’Aix.

Avril 2022 : Référente du collège Urgences (URG) de l’Association nationale française des infirmier.e.s en pratique avancée (Anfipa).

Juin 2022 : Obtient le DE IPA mention Urgences d’Aix-Marseille Université (AMU).