Les urgences d’Orléans en crise, une première | Espace Infirmier
 
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14/04/2022

Les urgences d’Orléans en crise, une première

Aux urgences du CHR d’Orléans, le décès d’une patiente âgée seule sur un brancard a été l’incident de trop dans un service déjà au bord de l’implosion. Depuis deux semaines, les soignants sont en arrêt maladie, les médecins en grève, les urgences sont fermées, la direction jugée indifférente. Retour sur une première en France.

Toutes le diront : aux urgences, et dans l’ensemble de la profession infirmière, elles sont habituées à la mort. Les urgences d’Orléans n’ont jamais fait figure d’exception. Mais ce décès d’une patiente âgée sur un brancard dans un couloir, le 28 mars 2022, a été celui de trop pour les 80 infirmières et 45 aides-soignants du service. Depuis cette sinistre date, plus de 90 % des soignants, cadres compris, du service des urgences du centre hospitalier régional d’Orléans, l’hôpital La Source, sont en arrêt maladie, épuisés, et les médecins sont en grève. Les urgences sont fermées, sauf pour les cas vitaux qui sont alors envoyés vers les services concernés.

Une première nationale. D’autant plus exceptionnelle qu’Orléans « n’est pas une terre revendicatrice à l’origine, présente Grégory Quinet, aide-soignant et secrétaire départemental Sud-Santé Sociaux. On savait que ça allait péter quelque part. La Source, c’est un exemple parmi tous les hôpitaux qui craquent. La Rochelle, c’est tendu, Alençon, c’est tendu, Strasbourg, c’est tendu, Le Mans, aussi. C’est tendu partout ! »

15 % des 1 000 lits fermés en quelques mois

Ce reflet de ce qui se passe en France, c’est l’implosion d’un service d’urgences saturé. Ce 28 avril, les équipes d’après-midi arrivent et devant les couloirs encore et toujours encombrés, elles exercent leur droit de retrait, le cinquième depuis le début de l’année. « Le directeur dit alors que ça ira mieux en septembre avec les sorties d’Ifsi et dans trois ans, après avoir gonflé les écoles. Ce ne sont que des annonces, rien n’a jamais été mis en place pour accueillir plus d’infirmières, s’insurge le représentant syndical. Il a fini par dire qu’il n’était pas en capacité d’analyser la situation des urgences. Imaginez l’impact psychologique sur l’équipe. »

Le soignant glisse une discussion, qu’il a eue ce même jour avec un cadre. Elle lui disait justement que les équipes n’en pouvaient plus et qu’un décès de plus les ferait craquer.

« Rien n’a jamais changé »

Margaux (le prénom a été changé) travaille depuis une dizaine d’années aux urgences d’Orléans. « Je suis un dinosaure ici, il y a tellement de démissions, de départs chaque année, commence-t-elle. J’ai déjà connu, rarement, des couloirs d’urgences vides le soir et qu’on pouvait éteindre. C’est terminé depuis longtemps. » L’infirmière a vécu le changement vers le nouvel hôpital. « On nous a dit : “Il n’y aura plus personne dans les couloirs, plus de patients qui resteront plus de 24 heures parce qu’on aura plein de lits. Ça va être formidable, vous allez voir.” Ça n’a pas tenu plus de quelques semaines ! » Elle raconte les grèves, les débrayages, les courriers… « Et rien n’a jamais changé. » Le service enregistrait en 2009, 39 000 entrées, en 2012, 45 000. « En mars 2022, par projection, on peut en envisager 60 000 sur l’année », estime la soignante.

« 15 % des lits ont été fermés depuis septembre, on demande qu’il y en ait 40 de libres par jour pour les urgences, explique Grégory Quinet. Le premier combat, c’est d’éviter la stagnation aux urgences ! La priorité, ce sont les lits, d’arrêter d’en fermer et que les urgences retrouvent leur rôle de flux ! »

En attendant, aucun des soignants en arrêt ne bénéficie de la reconnaissance de maladie professionnelle. Pourtant, l’enquête Sumer pointait la fonction publique hospitalière comme étant le lieu de la plus grosse souffrance au travail, souligne l’organisation professionnelle.

Cette semaine, Margaux reprenait pour quinze jours le travail au Samu – elles sont quelques-unes à partager leur exercice entre les urgences et le Samu – et n’écarte pas la possibilité d’être à nouveau en arrêt ensuite. « Que des paradoxes : on en a marre mais on aime notre métier, on est en colère mais abattus. On est tous épuisés… »

Contactée, la communication de l’hôpital n’a pas répondu à nos requêtes d’interviews d’un représentant de la direction.

Thomas Laborde

Les dernières réactions

  • 15/04/2022 à 12:41
    Dol
    alerter
    Une première ?

    Certainement pas, la crise des urgences a plus de 10 ans avec une accentuation ces 2 dernières années.
  • 17/05/2022 à 20:47
    Henriette Amunazo
    alerter
    La réaction a été supprimée car elle ne respecte pas la charte du site.