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23/11/2021

La désillusion des jeunes étudiants et IDE

Olivier Véran l’annonçait il y a peu : 1 300 étudiants ont démissionné entre 2018 et 2021. Si la crise sanitaire a été un accélérateur, le mouvement n’est pas nouveau. Beaucoup vivent mal le décalage entre leur vision du métier et les réalités du terrain. Organisations étudiantes, formateurs, professionnels tentent de comprendre et de stopper l’hémorragie.

Anne-Sophie Minkiewicz voulait être infirmière depuis ses 6 ans. Son Bac en poche, elle intègre un Ifsi. Dès les premiers temps, l’écart entre les raisons pour lesquelles elle veut exercer et les moyens donnés pour la questionne. « On nous dit qu’on aura sept patients et on en a vingt-deux », s’insurge la trentenaire. Elle ne sait à qui parler à l’école mais s’accroche. Diplômée, elle fait face à une désillusion croissante. Jusqu’à la rupture trois ans après. « On a toutes dit à la famille d’un patient au pronostic vital engagé ‘‘Ne bougez pas, je reviens’’ en sachant très bien qu’on n’aurait jamais le temps de revenir, s’attriste-t-elle. C’était trop. »

Bob*, lui, a arrêté ses études en cours de route. « Entre l’accueil réservé aux étudiants en établissement, la pression que met l’Ifsi, les méthodes d’apprentissage qui n’évoluent pas et la réalité du terrain comparée aux belles théories, cela ne correspondait plus du tout à mes valeurs », déplore celui qui est aujourd’hui aide-soignant « pleinement satisfait » en région parisienne.

La formation de tutrice reconnue

Si Anne-Sophie Minikiewicz a trouvé en elle la force pour continuer, ils sont 1 300 à avoir abandonné les études en soins infirmiers entre 2018 et 2021, a indiqué le ministre Olivier Véran il y a peu. « La tendance est de plus en plus forte mais elle existe depuis bien avant la Covid, assure Pierre*, ancien infirmier, puis cadre, désormais formateur dans le Sud-Ouest. Ce n’est plus évident de trouver des choses positives dans le métier… » Si l’homme pointe un « contexte extrêmement morose », il dénonce aussi l’impact de Parcoursup : « Avant, on passait des épreuves de sélection, un entretien, aujourd’hui, on clique. On doit faire avec ce que nous envoie le logiciel. »

C’est souvent après un stage qui s’est mal passé que les étudiants décident de quitter le cursus. C’est pourquoi la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi) milite ardemment pour la mise en place de tutorat. « L’étudiant doit avoir une personne-ressource dans le service de soins, soutient Mathilde Padilla, sa présidente. Nous demandons la formation et la valorisation de tutrices, qu’elles aient un statut, du temps, une compensation financière pour leur engagement. » « Un étudiant qui a bien été accueilli en stage revient travailler. Il faut les écouter, les accompagner, rebondit Michèle Appelshaeuser, présidente du Comité d’entente des formations infirmières et cadres (Cefiec). Mais il y a un grave problème de ressources humaines à l’hôpital. »

Juste quinze minutes

Anne-Sophie Minkiewicz, elle, intervient à sa manière face au problème. Après s’être reconvertie dans les ressources humaines et le management et avoir passé dix ans en cabinet de conseil, elle a créé la start-up Infirmière Reconversion pour accompagner celles qui veulent changer de métier. « On a aidé 120 personnes en 2021. De tout âge. Un tiers veut faire complètement autre chose – je pense notamment à une qui est aujourd’hui vitrailliste –, un tiers veut toujours exercer mais autrement, et un tiers veut rester dans le soin mais différemment », partitionne-t-elle. Bien qu’elle vive de cette fuite, cela lui fait peur : « Ça va nous péter à la tête. » Son parcours et son expérience lui permettent d’identifier un problème majeur : « Ce n’est pas tant le salaire, mais le management. On ne forme pas des leaders, des managers, on forme des cadres. Il n’y a aucune notion d’anticipation, de valorisation, d’écoute, de bienveillance. Il suffirait déjà de prendre quinze minutes en tête-à-tête, ne serait-ce qu’une fois par an, pour échanger, écouter, comprendre. »

Quinze minutes qui peuvent tout changer pour des jeunes désemparés.

Thomas Laborde

* Le prénom a été modifié.

À LIRE ÉGALEMENT

- Martin L., « Tuteur, une fonction en quête d’attractivité », L’Infirmièr.e, n° 14, novembre 2021.

- Laborde T., « La souffrance des ESI ne s’apaise pas », sur espaceinfirmier.fr, le 4/11/2020.

- Renaud A., « Entrée en Ifsi : quel est le premier bilan de Parcoursup ? », sur espaceinfirmier.fr, le 22/05/2019.

Les dernières réactions

  • 24/11/2021 à 20:12
    Dies Ire
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    Et pourtant, les infirmiers, à leur grande majorité (parait-il), ont voulu et obtenu un ordre dont une des missions était de valoriser et de promouvoir la profession, et cela pour une cotisation annuelle de quelques dizaines d'euros par tête de pipe.

    Alors de deux choses l'une, ou bien cette mission a été et est toujours effectuée mais sans résultat probant, ou bien, les personnages élus de cette noble institution, débordés par toutes les tâches qui leur incombent, n'ont pas encore trouvé le temps et mobilisé l'énergie pour encourager les nouvelles vocations.

    Ceci dit, à peine (et avec peine) diplômés, les nouveaux professionnels ont de quoi être refroidis en ayant à payer pour devenir membre de cette illustre profession et ceci tous les ans : voilà déjà un argument dissuasif à s'engager dans cette voie.

    Mais s'il n'y avait que ça...
  • 25/11/2021 à 18:55
    Eve
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    C'est facile de toujours taper sur l'ordre ! Ca évite de se remettre en cause soi-même sur la façon dont on accueille, forme et encadre les étudiants. Je ne nie pas que le sous-effectif chronique et le recours à l'intérim peut aussi jouer sur l'encadrement en stage.
  • 26/11/2021 à 08:02
    BienveillanceHumaine
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    Il faudrait aussi dénoncer les maltraitances institutionnelles que vivent les étudiants pendant la formation.... Que ce soit de la part de certains ifsi et de certains lieux de stage... C'est tabou!!!

    L'envers du décor est horrible et certaines valeurs humaines sont bafouées et surtout certaines lois.... on en parle des glissement hors champ du cadre de compétence, du non encadrement des étudiants, de la non assistance de l'ifsi qui laisse l'étudiant a son triste sort... et j'en passe et des meilleurs .... Discriminations...
    On trouve beaucoup de livres sur le sujet...

    L'étudiant est réduit au silence s'il dénonce des cas de maltraitances dans certain milieu institutionnel ou pire expulsé de l'ifsi avec un conseil de discipline puis on va le démolir psychologiquement pour qu'il se taise a jamais et que sa parole soit tue et qu'elle n'ai aucune valeur....
    L'ifsi veut garder ses places sur le lieu de stage c'est plus important !
    L'étudiant est le petit canard qui doit bien obéir sagement et doit se taire car il apprend!!!
    Il peut être parfois utilisé comme le remplaçant Ash, aide soignant ou les tâches que personne ne veut faire...

    Entre la théorie et la pratique il y a un énorme fossé !!
    La bienveillance et les valeurs humaines disparaîssent et l entraide est absente.

    Des étudiants par centaines, des milliers ... abandonnent leurs études...voire des soignants se retrouvent blessés psychologiquement à vie car on ne les a pas soutenus et écoutés... Un traumatisme de maltraitance gravé à jamais car leur seul vie ne se résumait qu'à devenir des soignants bienveillants et humains....

    Ce sont des personnes humaines blessés dans leurs chairs qui ne seront pas les soignants de demain pour le plus grand malheur des patients.

    Malgré cela il reste heureusement des soignants bienveillants et humains qui encadrent les étudiants avec professionnalisme et humanité et surtout l'envie de transmettre des compétences et des valeurs et qui sont remplis de magnifiques valeurs humaines pour le grand bonheur des patients, de leurs équipes et des étudiants.
  • 26/11/2021 à 23:40
    Unité
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    Texte intéressant mais je trouve cela dommage la critique sur l'encadrement. Dans beaucoup de témoignages on oppose les cadres et les équipes. Pour rappel les cadres ont une formation initiale de soignant et choisissent de servir une équipe et les patients autrement. Bien sûr qu'il y a des cadres qui ne sont pas à la hauteur de ce qu'on attend d'eux mais c'est pareil pour tous les métiers paramédicaux ide aide soignant etc... quand un cadre passe des heures à essayer de combler de l'absentéisme et y réfléchi encore le soir chez lui, qu'il est au forfait et qu'il passe du temps à déclarer des heures supplémentaires pour le paiement de ces dernières mais que lui n'est pas éligible, que toutes les problématiques arrivent dans son bureau et que tout le monde attend qu'il règle seul et rapidement tous les problèmes du service en ne montrant jamais à son équipe que des fois il est à bout... tout cela pour dire que souvent le cadre n'est pas là cause du problème mais la seule personne vers qui l'équipe peut exprimer ses craintes, ses difficultés voir ses colères.
  • 27/11/2021 à 12:56
    Dol
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    Les IFSI sont à revoir dans leur fonctionnement. Complétement.

    Ils sont en partie responsables de la destruction de notre système de santé à leur échelle et du bordel actuel, vous croiserez rarement dans beaucoup centres de formation une mentalité aussi sectaire (et je pèse mes mots), aussi corporatiste et dogmatique, à contre courant des enseignements que prônent beaucoup de formateurs, je mets des guillemets à formateurs car beaucoup ne méritent pas ce titre. (quand tu as 30% d'ESI qui abandonnent chaque année leurs études, tu n'as pas le droit de t'appeller formateur)

    Maintenant, le moment est venu de payer la facture et d'assumer les conséquences de vos actes, je dis ça aux " " " Formateurs " " " ou cadres pédagogiques (rien que ça !). Dans les services maintenant, pénurie totale de personnel en partie à cause de la violence de certains cadres pédagogiques qui ferment majoritairement (il y a des exceptions) les yeux sur la violence institutionnelle voire défendent leur homologue qui usent de maltraitances.

    Maintenant que la critique est passée, concrètement que faire :
    - 1°/ Rémunérer les tuteurs (IDE) qui forment les ESI sur le terrain + les former bien entendu réellement en pédagogie, ca s'improvise pas transmettre un savoir.

    - 2°/ Revoir le fonctionnement des IFSI, de fond en comble et les rattacher à l'Université sous contrôle du Ministère de l'Education + Santé pour faire le ménage, et je pèse mes mots, auprès de directeurs d'IFSI qui se comportent en roitelet (en réduisant les budgets en cas d'abus, en cas d'un taux d'abandon anormal voire expulsion ou révocation du Directeur)

    - 3°/ En revoyant totalement le recrutement =) STOP PARCOURSUP, concours + entretien oral obligatoire ! En effet, vous avez à cause de ce système des ESI qui ont choisi de devenir IDE sans réelle motivation.

    Heureusement, il existe des IFSI top, des cadres pédagogiques qui n'ont pas une attitude corporatiste. Malheureusement, ils sont minoritaires et les démissions massives d'ESI en sont la preuve.

    Je suis conscient de la violence de mes propos, mais croyez moi, à côté de ce qui se passe sur le terrain, c'est tendre, vraiment tendre.
  • 29/11/2021 à 13:02
    Vielleco
    alerter
    Génération Twitter qui se met en burn out à la première difficulté plus des institutions publiques dans un état catastrophique, je m’étonne que cela tienne encore debout !
  • 30/11/2021 à 14:48
    Vsd
    alerter
    Tu sais ce qu'elle te dit la génération twitter ?

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