08/12/2015

L’animation, une question d’envie

Au départ, je pensais que l’essentiel de mon travail consisterait à « faire passer le temps » à des retraités. Mais si j’avais eu quelques notions de latin, j’aurais compris qu’il y aurait bien plus...

Animatrice en Ehpad, Carine Beaufils est également auteure de J'ai oublié le titre !  Mémoires d'une animatrice en Ehpad Alzheimer, aux Éditions Érès.

L’animation est une somme de petits miracles qui ne demandent qu’à être réalisés, à la seule condition de le vouloir vraiment. C’est par hasard que je suis devenue animatrice auprès de personnes âgées atteintes de démence. Au départ, je pensais que l’essentiel de mon travail consisterait à « faire passer le temps » à des retraités. Pour moi, il était question principalement du côté « divertissement » de l’animation. Mais si j’avais eu quelques notions de latin, j’aurais compris qu’il y aurait bien plus... Parce que le mot « animation » vient du latin anima : « âme ». Cette « âme », on la retrouve justement dans toute animation, aussi petite et simple qu’elle soit, car il y a toujours quelque chose qui émane des participants. Est-ce que c’est ça, l’âme ? En faisant un simple atelier cuisine par exemple, on va bien au-delà du simple geste de mélanger des aliments : il y a le sentiment d’être utile, celui de partager une recette, ou encore, celui de faire plaisir et de se faire plaisir. Je ne crois pas qu’une bonne animation soit une question de moyens, de matériel, ni presque même de formation. L’animation est surtout une question d’envie. L’envie du participant – qu’il faut souvent savoir susciter –, et surtout, et avant tout, l’envie de l’animateur.

L’un des premiers résidents que j’ai rencontré avait un rêve : celui de voir la Tour Eiffel. Je ne comprenais pas ce qui nous empêchait de l’y emmener. Encore ignorante, je ne savais pas qu’une sortie avec sept personnes âgées démentes demandait de la vigilance, et représentait des complications... C’est à ce moment-là que j’ai découvert que les chemins que je croyais plats étaient en pente légère et que chaque trottoir était une marche énorme. Mais c’est là aussi que j’ai compris que le simple fait de se poser sur un banc pour manger un sandwich, pouvait être un moment délicieux.

Je ne suis pas devenue animatrice. Tout comme on ne devient pas soignant : c’est quelque chose qu’on porte en soi. C’est ce qui fait la beauté de nos métiers du soin. Un domaine qui exige de donner chaque jour un peu de soi. Ce n’est pas simple, par exemple, de donner le sourire à quelqu’un en fin de vie, à un patient qui souffre physiquement et moralement. Cela nécessite d’être là, vraiment et entièrement. J’ai compris tardivement toute la complexité et le devoir d’humilité qu’exigent nos professions : ce mélange de lutte et en même temps, d’acceptation. Lutter contre la progression de la maladie, mais accepter que parfois, c’est elle qui gagne. Quand je fais des formations à de futurs animateurs, je dis que l’animation, c’est un vrai soin, à part entière. Peut-être qu’un jour on arrêtera de cloisonner nos professions, les soignants d’un côté, les animateurs de l’autre. Car l’animateur peut soigner à sa manière, et le soignant peut animer à sa façon. Et bien que nous ayons des armes différentes, nous allons tous vers le même but : apporter de la vie à nos patients.

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