06/01/2021

« Face au deuil,
j’offre un bol d’oxygène »

Ancienne infirmière en soins palliatifs, Sophie Gidrol est désormais palliatothérapeute. Elle propose un accompagnement aux proches d’une personne en fin de vie ou décédée pour traverser cette période souvent difficile.

Espace infirmier : Pouvez-vous nous expliquer votre parcours ?

Sophie Gidrol : Après l’obtention de mon diplôme d’infirmière en 2000, je suis allée exercer en Suisse, en service de médecine interne pour découvrir une autre manière de pratiquer. En parallèle, j’ai passé un diplôme interuniversitaire (DIU de soins palliatifs). Pendant mes études, j’avais fait un stage en unité de soins palliatifs. Ça a été déterminant pour ma carrière et j’avais besoin de me former davantage. J’ai finalement quitté la Suisse pour rejoindre l’équipe mobile de soins palliatifs de l’Hôpital européen Georges-Pompidou en 2005. J’ai énormément appris aussi bien techniquement, qu’humainement ou encore relationnellement. Nous avons mis en place un vrai travail d’équipe, avec une réelle complémentarité. J’ai ensuite exercé en Espagne, toujours dans une unité de soins palliatifs, où j’ai découvert une autre culture de ces soins avec une implication de la société dans les hôpitaux qui n’est pas la même qu’en France. Les familles sont très présentes et s’organisent pour s’occuper de leur proche hospitalisé. Après cette parenthèse de dix ans, je me suis installée en Haute-Savoie, pour intégrer l’équipe mobile de soins palliatifs d’un hôpital local.

En quoi votre parcours vous a-t-il mené à devenir palliatothérapeute ?

Le deuil est une expérience universelle mais très intime. Il touche à la fragilité de l’existence et on détient rarement les clefs pour passer au travers sereinement. Mes différentes expériences professionnelles m’ont fait réaliser que j’avais envie de mettre en place des initiatives de santé publique pour les familles, les proches des personnes malades ou décédées, pour qu’ils se préparent à la fin de vie ou au décès déjà survenu. Très peu de temps est consacré à l’entourage. Souvent, il attend la mort, vit un temps suspendu. Cette période est difficile mais il existe des ressources et des moyens pour la vivre moins mal. Mon objectif est de permettre aux proches de se projeter dans la finitude, de préparer le deuil en amont de sa survenue. Plus ce temps qui reste est vécu de manière liante et connectée, à soi et aux proches, plus le deuil va être murî. C’est une question de santé publique car un tel accompagnement permet d’éviter les dépressions par exemple. Pour accompagner au mieux, je me suis formée. J’ai suivi le diplôme universitaire (DU) deuil et endeuillés de l’université de Picardie, ce qui m’a permis d’obtenir un apport théorique et des balises.

Que proposez-vous concrètement ?

J’offre un bol d’oxygène ! Mon objectif est de remettre de la vie dans ces moments compliqués. Je propose des solutions concrètes sur comment vivre ce temps avec la personne en fin de vie. Par exemple, avec ma formation initiale d’infirmière, j’explique aux proches les soins qu’ils peuvent faire aux personnes malades, comme des massages ou les soins de bouche. Au moment d’un décès, on a tellement le nez dans le guidon qu’il faut pouvoir prendre soin de soi pour faire les choses différemment et prendre soin des autres. J’apporte alors un espace de parole aux personnes concernées pour en parler, pour échanger sur la mort, pour se questionner, exprimer ses besoins. Et je leur apporte des clefs, des ressources, pour en parler avec les enfants, l’entourage. Je peux aussi aider à la réflexion sur l’écriture des directives anticipées de personnes en parfaite santé qui souhaitent se projeter.
Cet accompagnement peut se faire physiquement ou en visioconférence. La distance est parfois compliquée à gérer, mais d’un autre côté, les personnes sont chez elles, dans leur salon, avec les vêtements ou les photos du défunt. Lors de la première séance, nous échangeons sur le cadre, car je ne suis ni médium, ni psychologue. Je suis dans le concret et dans le moment présent. Je ne soigne pas les blessures du passé. Si c’est ce dont la personne à besoin, je réoriente. Je propose une prise en charge à la séance ou un pack de dix séances, mais jamais au-delà, sinon j’estime que la personne a besoin d’un autre type de suivi.

Propos recueillis par Laure Martin

Pour en savoir plus, consultez le site de Sophie Gidrol

Les dernières réactions

  • 07/01/2021 à 20:32
    chesnel
    alerter

    Pourquoi ne pas dire infirmière en soins palliatifs ?
    pourquoi ne pas dire psychologue ?
    Pourquoi faut il inventer un nouveau métier ?
    sans doute est on au carrefour de ces deux professions
    le problème c'est que demain d'autres personnes moins formées pas très claires sur leurs motivations voudront faire la même chose et se bruleront les ailes .
    On ne peut pas faire ce genre d'accompagnement sans une solide formation et une supervision . Bon courage
  • 08/01/2021 à 16:36
    betadine
    alerter
    très bonne analyse de chesnel...rien à ajouter.........

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