19/11/2020

Étudiants infirmiers : une nouvelle mobilisation qui passe mal

Très nombreux à se mobiliser lors du premier confinement lié à la crise du Covid-19, les étudiants infirmiers sont de nouveau prêts à combler les besoins en personnel dans les structures sanitaires et médicosociales. Mais pas à n’importe quel prix, ni au détriment de leur formation. Illustration à Nantes.

81 000, c’est le nombre d’étudiants en soins infirmiers (ESI) et en pratique avancée (EIPA) qui sont venus, en France, gonfler les rangs des personnels des établissements sanitaires et médicosociaux durant la première vague, soit 85,2 % des effectifs ! Une mobilisation record qui a également été observée à Nantes, où 3 000 apprentis infirmiers se sont portés volontaires. Et ce, tout en poursuivant leur formation en parallèle. « Nous sommes sortis épuisés de cette expérience, retrace Cécile Hairault, en 2e année de l’école IADE de Nantes. Il y a, bien sûr, les conditions dans lesquelles nous avons dû travailler, qui étaient déjà suffisamment pénibles, mais le pire, c’est qu’au lieu de récupérer cet été, nous avons dû rattraper nos cours et préparer nos évaluations qui avaient été décalées à la fin des vacances. » De leur côté, les étudiants en 1re année de l’IFSI nantais, également mobilisés pendant la première vague, n’ont pas pu effectuer leur stage de dix semaines comme prévu au printemps. Alors quand la nouvelle de la seconde mobilisation est arrivée, il y a un mois, certains ont fait grise mine : « La nouvelle a été difficile à gérer, reconnaît Rodolphe, représentant des ESI de 2e année à l’IFSI de Nantes. Ce qu’on craint le plus, c’est de devoir encore faire une croix sur notre stage qui aurait dû commencer maintenant. »

« Un cadre législatif ferme »

Si ce scénario devait se confirmer, ce seraient ainsi vingt semaines de stage cumulées en moins depuis le mois de mars. Pour compenser, l’Agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire et le CHU de Nantes ont envisagé un temps de faire passer ces semaines de renfort en stage, en rendant cette mobilisation validante. Une possibilité laissée de côté par le gouvernement, via un vade-mecum paru le 23 octobre dernier, et qui a finalement été écartée au profit d’un réaménagement de la formation. « Parmi les pistes actuellement à l’étude, nous avons proposé de rallonger certains stages du S4 ou encore de déplacer des semaines de stage sur des semaines d’apport théorique, complète le représentant des ESI de 2e année. Dans les deux cas, cela nous permettrait de participer à l’effort collectif, tout en étant rassurés sur la suite de notre formation. » Se pose toutefois la question du statut. Si, à Nantes, l’ARS et le CHU ont tranché en offrant aux étudiants volontaires un CDD de remplacement d’aide-soignant, d’une durée de cinq semaines renouvelables, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) observe déjà des dérives dans d’autres régions. « Nous avons des retours d’étudiants de 2e et 3e années faisant actuellement fonction de remplaçant d’IDE en service, alors que c’est interdit, s’insurge Thomas Hostettler, secrétaire général en charge des relations presse. Faute de cadre législatif ferme, chaque ARS est libre de faire à sa sauce. On voit ainsi des étudiants qui ne sont ni encadrés, ni formés, qui font face à des situations extrêmement compliquées. Et tout cela, sans qu’aucun suivi psychologique ne leur soit proposé ! »

Tenir, mais jusqu’à quand ?

Au-delà des stages, les inquiétudes se portent également sur la formation. Faut-il suspendre ou non les cours le temps que la seconde vague passe ? Une décision que vient de prendre l’ARS Paca qui, par un arrêté publié le 17 novembre, suspend la formation des ESI en deuxième année jusqu’au 13 décembre. Dans le cas d’une interruption, comment réaménager la maquette pour limiter au maximum les décrochages, tout en garantissant aux étudiants des enseignements de qualité ? « Ça me paraît compliqué d’espérer tout récupérer. Il va bien falloir qu’on allège certains apports théoriques, sinon on va tous être submergés quand les cours reprendront normalement », estime Cécile Hayrault, très critique sur le manque d’anticipation des autorités locales. Un avis partagé par Rodolphe qui, lui, voit déjà plus loin : « Tout ceci laisse penser qu’en cas de troisième vague, on serait encore pris au dépourvu. Il va falloir au contraire qu’on prenne plus soin des étudiants si on veut qu’ils arrivent un jour sur le marché du travail. »

Éléonore de Vaumas

Les dernières réactions

  • 20/11/2020 à 12:54
    Lucidia
    alerter
    En temps de guerre les généraux restent dans les bureaux et la chair à canon sur le terrain, au moment de voter réfléchissez dans les mains de quels incompétents vous remettez votre destin, on a les dirigeants qu’on mérite !
  • 20/11/2020 à 17:06
    Dag
    alerter
    Bonjour

    Mais quel carnage !

    Le moment est venu de retourner la table et de TOUT REVOIR. Le CIH a proposé d'excellentes pistes. En l'espèce, on demande aux ESI de renforcer les équipes soignantes et de faire fonction d'AS, étant donné que les ESI de 2e année obtiennent la possibilité d'exercer en tant qu'aide-soignant.

    La question c'est pourquoi ?
    La fonction d'aide-soignant rencontre des difficultés de recrutement compte tenu des conditions de travail, du mépris total de l'organisation hospitalière pour la fonction d'AS, pire que la fonction d'IDE (salaire, difficultés pour les AS d'évoluer)

    Les étudiants choisissent en priorité de faire des études en IFSI pour devenir IDE car cette fonction permet de se spécialiser (IADE/IBODE) ou de travailler en libéral. Ce n'est pas le cas de la fonction d'aide-soignant. Qu'on arrête maintenant l'hypocrisie et qu'on mette tout sur la table !

    Qui a envie de bosser en tant qu'AS qui ne peut pas se former en continue facilement (Très peu de diplômes universitaires ouvrent leur porte), traiter en machine à laver (VMC = visage, mains, cul) pour 1200 euros ???

    Voilà maintenant le résultat !!!
    - Faire appel aux ESI et aux étudiants en médecine (les externes) pour occuper la fonction d'AS dans les lieux de soins.

    Rajoutez à cela les ravages de la TSA, l'encadrement toxique (un des pires encadrements existants, tout secteur d'activité confondu, de la maltraitance pure) sans parler de l'organisation déplorable du système de santé français (vous avez des DSI, des cadres de santé sup, des RH, des DRH, des responsables qualités /// en parallèle un des ratios patient/soignant les plus faibles des principaux pays industriels)

    On voit le résultat. Pas étonnant malheureusement que les étudiants infirmiers en paient le prix.

    Bravo d'avoir fait de notre système de soins qui était le bijou de la République, une fierté pour la France à l'échelle internationale où des médecins venaient apprendre leur métier de l'étranger (je pense aux pays francophones) une véritable poubelle !

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