23/10/2020

Malaise des IDE à l’hôpital : partir ou rester ?

C'est une nouvelle preuve édifiante du malaise des soignants. En octobre, l'Ordre national des infirmiers publiait une étude pour alerter sur la situation des 700 000 infirmiers de France, alors que la deuxième vague du Covid-19 frappe. Ils sont un tiers à vouloir rendre leur blouse, depuis la crise. Certains professionnels sont déjà en chemin vers la reconversion. D'autres, malgré la situation, restent en place. Regards croisés.

Thomas Laurent, 35 ans, est infirmier depuis fin 2010. Il exerce actuellement en post-urgence, à Lyon. Sa disponibilité prendra effet le 6 novembre. Il quitte le métier.

« J'aime mon métier. J'ai fait infirmier parce que la découverte du monde hospitalier en tant que travailleur, un été après le lycée, m'a donné envie d'y rester. Mais j'ai travaillé trop souvent ces derniers temps en sous-effectif. À savoir un ou deux aides-soignants en moins, voire un infirmier, un aide-soignant le jour ou la nuit de travail. Soit, dans mon service, un quart en moins. Je ne supportais plus ça, devoir travailler rapidement, mal. Ça ne correspondait pas à la vision que j'avais du métier, ni même à ce que l'on nous a enseigné à l'école. Le Ségur a été tellement décevant que j'ai décidé de partir début août, après une journée en sous-effectif de plus. Je n'avais pas envie de continuer dans ces conditions. Il y a encore un peu d'espoir pour l'hôpital. Il est possible que les collègues arrivent à créer un rapport de force pendant la deuxième vague. Mais la réforme va être longue à mettre en place. Et plus on tarde, plus les résultats vont se faire attendre. Donc, ça veut dire travailler encore plusieurs années en difficulté. De ma promo, j'en connais deux sur cinq qui ont abandonné le milieu pur du soin, qui ne voulaient plus exercer à l'hôpital. Le choix du public, c'était voulu. Je préfère arrêter plutôt que d'aller en libéral ou dans le privé. J'ai trouvé une formation accélérée de libraire, en début d'année, pour apprendre les bases du métier. Ça dure un mois et demi. Mes parents, père infirmier, mère éducatrice spécialisée, me soutiennent. Ils comprennent les difficultés. Ils ont bien vu que je n'étais pas heureux et épanoui dans mon travail. Ils voient que le projet est construit. On ne m'enlève pas mon diplôme. Je décide de ne plus exercer mais je suis toujours infirmier. »

Estelle Gajewski, 40 ans, infirmière depuis 2003, exerce aux urgences d'Épernay, dans la Marne. Elle s’accroche à son métier.

« Je continue parce que, depuis la mobilisation, je suis convaincue que l'on peut se faire entendre. Notre parole se libère. On n'est moins tapis dans l'ombre. Expliquer notre métier, ça me motive à rester. On a notre petit grain de sel à mettre, notre esprit critique à apporter, qui émane du terrain, dans des décisions administratives voire gouvernementales. On est au cœur du secteur ! On peut aider à améliorer les conditions de travail et de prise en charge du patient. On a été entendus même si on n'est pas satisfaits du Ségur. Dans mon hôpital, la situation s'est un peu arrangée, momentanément, parce qu'on a reçu les sorties d'école. On est 21 infirmiers. Mais avant ça, on a eu quatre départs d'infirmier plus des arrêts maladies en dix-huit mois. Ça fait beaucoup sur la vingtaine que nous sommes. Mais je comprends ceux qui craquent. Ça m'arrive de penser à quitter le métier selon certaines journées, suivant l'activité. Il y a des périodes qui sont plus dures que d'autres. Surtout dans certains centres hospitaliers en sous-effectif. Faire toujours plus avec moins, c'est la stratégie de management de certains centres hospitaliers. Mais ce que l'on apprend à l'école, le prendre soin est loin. Les soignants ne s'y retrouvent plus. On a parfois l'impression d'être plus dans la maltraitance que dans la bienveillance avec les patients. Quand on intègre une formation d'infirmière ou d'aide-soignante, on nous apprend que le prendre soin, c'est prendre du temps. On n'est pas que dans du curatif, on ne fait pas que des perfusions, des prises de sang, des pansements. Le prendre soin, c'est établir une relation de confiance avec le patient, discuter, percevoir d'autre mal-être au-delà du corps à soigner. »

Propos recueillis par Thomas Laborde

Chiffres clés

L’Ordre national infirmier a réalisé une consultation du 2 au 7 octobre 2020 auprès des 350 000 infirmiers inscrits à l’Ordre et à laquelle 59 368 infirmiers ont répondu. Sur 60 000 professionnels sondés, deux tiers d'entre eux déclarent que leurs conditions de travail se sont détériorées : manque de reconnaissance, salaire pas assez élevé, charge de travail... 57 % estiment ne pas disposer du temps nécessaire pour prendre en charge les patients. Un infirmier sur cinq n'a pas pu prendre de congés depuis mars dernier. 33 % déclarent qu'ils étaient en situation d'épuisement professionnel, avant la crise. À l'automne 2020, ils sont 57 % dans ce cas, avec un fort risque d'impact sur la qualité des soins pour près de la moitié d'entre eux (48 %). Résultat : 37 % des infirmiers estiment que la crise traversée leur a donné l’envie de changer de métier et 43 % ne savent pas s'ils seront toujours infirmiers dans cinq ans. En parallèle, la demande de soignants explose : Addeco, agence d'emploi interim, a vu une hausse des offres d'emploi de 62 % pour les soignants par rapport à l'année dernière. Les organisations professionnelles alertent pourtant depuis des années sur le manque d'attractivité du secteur...

Les dernières réactions

  • 24/10/2020 à 08:08
    alerte
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    ce qu'il faut c'est revoir la gestion de l'hôpital public c'est une catastrophe
    le service infirmier doit être profondément réformé , il faut supprimer les directeurs de soins ils ne servent à rien il y a déja des DRH, il faut supprimer les cadres supérieurs de santé une fois nommés , ils contribuent à vitrifier l'organisation , que des cadres de santé avec des missions et objectifs rémunérés en fonction des missions
  • 29/10/2020 à 19:36
    ted
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    l'hôpital subit des restrictions budgétaires depuis des années,La T2A n'à rien arrangé si ce n'est entrainer le monde hospistalier dans une commercialisation du soin. Et nous voici en bout de course + d'argent pour recruter du personnel la masse salarial représentant + de 60% du budget de l'hôpital . Comment recruter lorsque les hôptitaux sont sous perfusion.Comment recruter quand les salaires des soignants est au + bas de l'union Européen et que la charges de travail ne cesse d'augmenter.
    Augmenter le nombre de soignants dans les IFSI sans améliorer les conditions de travail et les salaires est illusoire.
  • 30/10/2020 à 00:33
    Gigi
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    Depuis que je suis infirmière, j'ai compris que nous ne sommes pas considérés. Je ne crois pas que ceux qui dirigent, pensent au bien-être de ceux qu'ils devraient représenter. Il me semble que notre profession est volontairement mise en déclin, ce que j'ignore c'est la motivation. Il suffit juste de bon sens pour savoir que nous avons besoin d'aller bien pour avancer, malheureusement il se perd....
    Je ne suis pas dans les statistiques mais j'arrête, si nous n'essayons pas de prendre soin de nous, qui le fera ?
  • 30/10/2020 à 07:54
    interrogation
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    quelle pitié cet hôpital on ne parle plus que de fric , les médecins passent leur temps sur les plateaux de télé pour ne rien dire ou se contredire, les soignants passent leur temps à se plaindre on se demande pourquoi ils ont choisi cette profession!!!!!!!!!!!!!!
  • 30/10/2020 à 09:28
    Breizh
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    Bonjour,
    Je réagis à la personne qui a rédigé le dernier message ce jour à 7h54.
    Tout d’abord êtes vous soignant pour parler de cette façon des soignants ? Connaissez vous la vie dans les services, les départs de personnel en masse car les conditions de travail sont déplorables ?
    Les médecins des plateaux TV que vous décrivez ne sont pas ceux qui font tenir un service et je pense que si vous poussiez la porte d’un service vous le verriez.
    Enfin, oui l’hôpital est devenu une entreprise où il faut faire de l’activité à plein régime pour rapporter davantage et ça toute la profession le déplore. Des décisions politiques plusieurs années auparavant en sont probablement la cause.
    Cette dégradation de l’hôpital public n’est pas nouvelle et dure depuis plusieurs années mais beaucoup de personnes l’ignorent car le système de santé tient.
    Et quand vous dites : « pourquoi ils ont choisi cette profession? », je réponds pour ma part pour prendre soin de l’autre, aider l’autre mais dans de bonnes conditions humaines pas pour qu’une équipe finisse en burn out à force de combler le manque d’effectif car suppression de postes, suppression de lits et lassitude des collègues ayant démissionné car ne supportant plus la pression qui y règne.
  • 30/10/2020 à 10:34
    relou
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    on parle de moyens humains supplémentaires infirmiers et aides soignants : qu'en est-il des Ehpads , de nos vieux qui languissent et s'éteignent à petit feu ?
    Valorisons ces métiers de l'humain qui sont essentiels pour notre humanité.
  • 30/10/2020 à 11:21
    JENNY
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    en deux mots...bien dit !!!!
  • 30/10/2020 à 12:01
    Naouake
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    Je vais jeter un pavé dans la marre: oui il faut restructurer l'hôpital! , oui il faut améliorer les conditions de travail et le salaire des soignants! MAIS il faut s'assurer des compétences des Directeurs, DRH, DSI et autres .... Ils faut qu'ils rendent des comptes et ce à tous les niveaux. Actuellement nous avons dans notre hôpital une Directrice des soins incompétente et maltraitante, qui a été sortie de son poste pour atterrir dans un bureau à ne rien faire....le CNG n'en veut pas , elle attend la retraite...tranquillement et bien payée ! Nous avons également une cadre sup dans la même situation qui occupe un poste d'agent administratif...... 2 exemples mais ils sont bien plus nombreux et embolisent le fonctionnement de l'institution sans parler des problématiques de management délétère.
  • 31/10/2020 à 08:54
    alerte
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    merci naouake tout ce que vous dites est la vérité vraie
  • 31/10/2020 à 15:51
    Buguet81
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    Infirmière hospitalière en fin de carrière, mon bilan professionnel est amer ! Une activité intense physiquement et psychologiquement, des responsabilités, des horaires atypiques, des maladies professionnelles, des Noëls au travail , des anniversaires loupés, des remplacements inopinés, une vie familiale impactée ....
    Tout ceci pour aucune reconnaissance statutaire de nos pouvoirs publics ignorants nos remarques de terrain et s'étonnant des problèmes de recrutement Infirmier!
    Quelle hypocritie orchestrée et étouffée !
    Face à la pandémie de Covid , le moral des troupes est très bas .
    En réponse, la médiatisation de l'augmentation 183 euros ignorant la revalorisation du point d"indice et l'alignement sur les salaires Européens.
    Notre professionnalisme Infirmier a vraiment très peu de valeur pour nos instances décisionnelles.
    Alors quand sera votre fin du déni ? en prenant rapidement soin de vos acteurs Infirmiers .
  • 31/10/2020 à 17:04
    Coco
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    35 ans d hôpital et une dégringolade de la qualité des soins.Oui pour nous c est désolant mais je pense aussi aux patients de moins en moins bien pris en charge parfois même mal traités. C est très inquiétant.Quand je serais plus âgée ou hospitalisee comment serait soignée sans compter la culpabilité que nous avons à ne pas avoir les moyen de faire mieux.
  • 02/11/2020 à 09:21
    alerte
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    il faut que l'état arrête de mettre des milliards dans le tonneau des danaïdes de l'hôpital public c'est un système qui n'a pas d'avenir car désorganisé, inefficace si le privé fonctionnait sur le même modèle il y a longtemps qu'il serait en faillite

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