02/09/2020

Après le Covid, les infirmiers en réanimation se fédèrent

Cet été, la Fédération nationale des infirmiers en réanimation (FNIR) a vu le jour. Interview de Sabine Valéra, sa présidente. Infirmière en médecine intensive de réanimation à l’hôpital Nord de Marseille (AP-HM), elle est aussi formatrice et membre de la Société de réanimation de langue française (SRLF).

Espace infirmier : Pourquoi avoir créé la FNIR, et de qui la nouvelle fédération est-elle composée ?

Sabine Valéra : À l’origine de l’initiative, il y a une trentaine d’infirmiers et cadres infirmiers qui exercent en réanimation adulte ou pédiatrique. Tous disposent d’au moins cinq ou six ans d’expérience en service de réanimation, mènent des activités de recherches ou de formation. Ils se côtoyaient déjà lors de congrès ou au sein des commissions des sociétés savantes. De plus, cet élan, a été largement soutenu par les deux sociétés savantes de réanimation, la SFAR et la SRLF. Le déclencheur a été la pandémie à SARS Cov2. Le besoin d’infirmiers en réanimation a été multiplié par quatre. Or, parmi les soignants venus en renfort dans les services de réanimation, certains n’avaient jamais été confrontés à cette réalité et se sont trouvés démunis. Il a fallu former ces personnels dans l’urgence, afin de maintenir la qualité des soins, et la sécurité des patients, et les encadrer car ils n’étaient pas préparés à cette situation. En réanimation la population infirmière est souvent jeune, la moyenne d’âge dans l’unité où je travaille est aux alentours de 25 ans. À cet âge, lorsque vous venez travailler en réanimation en pensant sauver des gens et que vous devez faire une toilette mortuaire tous les deux jours, c’est très violent.

Quels sont les objectifs de la FNIR ?

Nous nous sommes retrouvés autour de l’idée de fédération avec plusieurs objectifs dont la revalorisation de notre métier d’infirmier de réanimation par une formation diplômante associée à une reconnaissance financière (laquelle est nécessaire pour les infirmiers de tous les secteurs). De manière générale, les services de réanimation souffrent d’un turn-over élevé (moins de 5 ans le plus souvent, 3 dans l’établissement où j’exerce). Peu de secteur de soins, sont confrontés à autant de décès. Dans mon service à l’hôpital Nord de Marseille, la mortalité dépasse les 20 %. Si l’on veut que les jeunes restent, il faut les motiver. Outre l’aspect financier, cela passe sûrement par la formation, notamment pour apprendre à faire face aux cas les plus compliqués, l’éthique, la prise en charge psychologique, le stress post-réa des patients et de leur entourage... Nous pensons qu’il est important de former les professionnels à ces aspects-là en plus de l’hyper-technicité du métier.

Comment allez-vous procéder pour revaloriser votre profession ?

Nous sommes en train de rédiger des articles pour décrire notre expérience, nos besoins. Nous avons également envoyé une contribution au Ségur de la santé et à la Direction générale de l’offre de soins (DGOS). Nous aimerions rencontrer les tutelles pour échanger avec elles sur notre métier, il ne nous revient pas de réorganiser l’ingénierie de la formation infirmière, mais nous pourrions être force de proposition. Le diplôme infirmier a beaucoup changé depuis qu’il s’est “universitarisé”, peut-être faut-il aujourd’hui créer des options ou y ajouter des modules sur la prise en charge des patients de réanimation. Par exemple, en Belgique, en Suisse, des modules de formation continue existent et permettent de valider ou revalider des compétences spécifiques tout au long d’une carrière afin d’être toujours au niveau. C’est ce que nous souhaiterions également défendre. Depuis la création de la fédération, de nombreux infirmiers de réanimation souhaitent rejoindre la FNIR.

Le Ségur de la santé annonce le développement du métier d’infirmier en pratique avancée (IPA), serait-ce une solution pour la réanimation ?

Les soins critiques ne faisaient pas partie des premières intentions pour l’introduction des IPA dans les services. Maintenant, on l’évoque et c’est une bonne idée. L’IPA, tel que le métier est pensé aujourd’hui, est certainement une solution pour les hôpitaux de petite envergure où il manque du personnel notamment médical, car l’IPA est un véritable soutien aux équipes médicales. En revanche, dans un CHU, la problématique est différente, les internes et externes sont plus nombreux. L’IPA aura sans doute plus de mal à trouver sa place. C’est pour cela que nous voulons une formation spécifique et proposons qu’un ratio de 50 % d’infirmiers diplômés en soins critiques/réanimation soit une contrainte à l’autorisation d’une unité d’exercer une activité de réanimation.

Propos recueillis par Sandrine Lana

En savoir plus

Dans un communiqué annonçant sa création, la Fédération Nationale des Infirmiers de Réanimation précise ainsi ses objectifs :

– La promotion de la qualité et de la sécurité des soins infirmiers en réanimation ;

– La validation par les pouvoirs publics et les tutelles d’une formation diplômante pour accéder au statut d’infirmier de soins critiques / réanimation ;

– L’instauration et le maintien d’un ratio d’infirmiers diplômés spécialisés en réanimation, comme élément de contrainte à l’autorisation d’exercer une activité de réanimation pour l’ensemble des services ;

– La mise en place par les pouvoirs publics d’une valorisation financière des infirmiers de réanimation basée sur le diplôme d’infirmier de soins critiques réanimation et conditionnée au suivi de formation continue en réanimation.

Des propositions à mettre en regard avec les constats énoncés dans sa contribution au Ségur de la santé. La FNIR pointe l’insuffisance, en formation initiale « des apprentissages spécifiques nécessaires aux infirmières pour travailler en réanimation pour répondre aux critères de qualité et de sécurité des soins critiques. La formation des infirmières relève donc d’une volonté, d’un investissement des services de réanimation, qui mettent à disposition des moyens pour la mise en place d’une formation d’adaptation à l’emploi. Ce dispositif est rendu obligatoire depuis 2003, mais ne relève d’aucun cadrage règlementaire de contenu ou de durée. »

Les dernières réactions

  • 03/09/2020 à 21:24
    andre.schbd
    alerter
    diviser pour mieux régner
    nous avons tous le même diplôme a la base
    les compétences et connaissances s'acquièrent avec le temps.
    sans formations je ne pourrais pas bosser en réa et l'inverse est pareil

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