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09/05/2019

Journée internationale des infirmières : Être un homme parmi les femmes, c’est comment  ?

Pourquoi la journée internationale des IDE est-elle celle des infirmières et non des infirmiers ? La grammaire française est pourtant intraitable : un seul élément masculin, et tout le groupe bascule au masculin. Sauf pour cette journée. Alors, quelle différence le genre fait-il au quotidien ? Pour ce 12 mai, nous avons donné la parole à six infirmiers partout dans le monde, qui cassent les idées reçues.

Edward, infirmier en services d’urgences :
« Certaines personnes se demandent si l’on est gay - juste parce qu’on est un infirmier »

En Australie, cela ne choque personne quand vous êtes un infirmier homme, et de nos jours, cette question semble superflue et archaïque. Cela n’a pas d’importance, ici. Les patientes âgées semblent habituées aux infirmiers. Tant qu’on s’occupe bien d’elles, elles ne sont pas gênées par la nudité, la toilette, etc. Elles ont des médecins femmes, alors quelle différence cela fait-il ? L’essentiel, c’est le respect, et je suis toujours conscient qu’il n’est peut-être pas approprié pour moi de m’occuper de certaines patientes.

Certaines personnes se demandent si l’on est gay - ; juste parce qu’on est un infirmier. C’est un stéréotype que je trouvais ennuyeux quand j’étais plus jeune. Qu’ils soient gays ou hétérosexuels, les infirmiers sont des personnes attentionnées et uniques. Nous sommes des spécimens d’hommes ultra modernes : pragmatiques, attentifs, équilibrant masculinité et féminité.

Je travaille aux urgences et mes collègues féminines aiment avoir des infirmiers autour d’elles. Les urgences comptent le pourcentage le plus élevé d’infirmiers. Nous intervenons lorsque les patients sont agressifs ou irrespectueux envers nos collègues féminines. La plupart des infirmiers avec qui je travaille ressentent un sentiment de protection à l’égard de nos homologues féminins. Il règne un grand sentiment de fraternité parmi nous. C'est une carrière formidable pour les hommes, mais seulement s’ils ont le bon état d’esprit.

Edward Schaefer, propos recueillis par Celia Guillard


Julien, infirmier en gynécologie en Belgique : « Une femme n’aurait peut-être pas rencontré les facilités que j’ai eues !  »

Mon premier poste était en hôpital public, dans un service de chirurgie en urologie et ORL. L’intégration dans cette équipe exclusivement féminine s’est très bien passée. Étant le seul garçon, j’ai été écouté, chouchouté, protégé, valorisé, parfois trop gâté ! Une femme n’aurait peut-être pas rencontré les facilités que j’ai eues…

La présence d’un homme infirmier était en réalité très attendue. J’ai dû subir des idées préconçues de la part de mes collègues, des codes que j’essaie de casser au quotidien. Après tout, je ne suis pas très costaud et même avec ma calvitie, je peux crêper des chignons !

Les patients aussi ont des préjugés. Combien de fois, en répondant à l’appel d’un patient, ai-je été accueilli avec un « Bonjour Docteur ! » ou un « Vous pourriez appeler une infirmière, s’il vous plaît ? ». Au début, je prenais la peine de les corriger, j’ai fini par éluder ces termes sexistes et faire simplement mon métier.

Quand un changement d’organisation de l’hôpital m’a amené à travailler en gynécologie, j’ai eu l'impression que respecter l’intimité de ces patientes allait être insurmontable et j’ai eu beaucoup de mal à faire ma place. Je me sentais comme diminué. Au final, je me suis rendu compte que je créais moi-même des barrières psychologiques. J’alimentais ces stéréotypes de la douce infirmière qui soigne et de l'homme brutal qui n’a pas sa place dans les soins. Pour moi, le mot « infirmier » n’a pas de genre. Que l’on soit homme ou femme, peu importe, le principal c’est de soigner. Il faut briser les codes et faire évoluer les mentalités. Être un homme n’est pas un handicap. Avec le temps les mentalités finiront par changer.

Julien Ramirez Garcia


Sean, infirmier de nuit, à Miami : « Avec les scandales sexuels fréquents, désormais, les jeunes femmes se méfient »

Je suis infirmier depuis vingt-six ans. J'ai décidé de suivre cette voie à 24-25 ans, en quittant l'armée. Ma mère était infirmière. Je l'ai toujours trouvée heureuse dans son job, ça m'a convaincu. Quand j'ai commencé, ça a été dur. Il y avait très peu d'hommes dans la profession. Mes collègues femmes me rejetaient parce que j'empiétais sur leur territoire. Les patientes, surtout les plus âgées, étaient très surprises de me voir entrer dans leur chambre. Ça va mieux maintenant.

Mais avec les scandales sexuels fréquents, désormais, les jeunes femmes se méfient. En tant qu'homme, il y a des manipulations que je ne me permets pas de faire comme poser un cathéter urinaire sur une femme. Je demande systématiquement à une collègue de s'en charger. Pourtant, une fois, une patiente m'a accusé d'avoir eu un comportement inapproprié. Mais l'infirmière qui m'accompagnait a pu témoigner en ma faveur.

Je déteste profondément voir les gens souffrir, ça m'émeut encore. Dans mon service, en traumatologie, la nuit, je vois les gens dans ce qu'il a pu leur arriver de pire : blessure par balle, accident de la route... Alors si une femme n'est pas rassurée parce que je suis un homme, je lui confesse que je suis homosexuel et qu'elle n'a aucune inquiétude à avoir. Ça ne me dérange absolument pas, c'est dans l'intérêt du patient. Aux États-Unis, la profession est encore dominée par les femmes. Mais les hommes sont beaucoup plus acceptés. Et c'est toujours un plaisir de former une nouvelle personne, homme ou femme.  »

Sean Carrington, propos recueillis par Thomas Laborde


Jérôme, professeur-chercheur en sciences infirmières au Québec : « Je n’ai jamais senti de jugement par rapport à mon genre »

Je suis infirmier de profession, au Québec (Canada) depuis 2001. Au cours de mes dix-huit années de pratique, j’ai eu diverses expériences de travail, allant de la salle d’urgence à la réadaptation fonctionnelle intensive et, depuis les cinq dernières années, je suis professeur-chercheur à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Je n’ai jamais senti de jugement ou d’intimidation par rapport à mon genre, et ce, tant lors de mes études en soins infirmiers que dans le cadre de ma pratique clinique, d’enseignement ou de recherche. Je dirais même qu’au contraire, mon genre a notamment été mis à profit dans certaines circonstances, auprès de patients et de leur famille, ou bien dans différents contextes où un infirmier homme était à privilégier. Néanmoins, au Québec, le genre masculin est minoritaire par rapport au genre féminin (1). En effet, en 2017-2018, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) rapporte que 11,2 % de leurs membres en exercice sont des hommes, ce qui représente environ 7 904   infirmiers sur les 70 489 membres. Malgré cette proportion qui peut sembler désavantageuse et moins attrayante pour les infirmiers, la profession infirmière au Québec est inclusive et invite pleinement les hommes à l’exercer, eu égard à leur genre.

Jérôme Gauvain Lepage


Jakob, infirmier en cardiologie et pneumologie en Allemagne : « Dans mon hôpital, il y a 590 infirmières et 58 infirmiers »

C’est ma mère qui s’est rendu compte que le métier d’infirmier pouvait me plaire. J’ai un bon contact avec les gens. À l’époque, le service militaire ou civil était obligatoire en Allemagne et nous étions beaucoup de garçons à faire une année dans le soin à la personne. Je ne sais pas si je serais devenu infirmier sans avoir fait ce service civil. C’est dommage qu’il ait été supprimé parce qu’on peut se rendre compte qu’être infirmier, ce n’est pas que des soins corporels ! Dans mon hôpital, il y a 590 infirmières pour 58 infirmiers (soit un taux largement inférieur au pourcentage d’hommes infirmiers en Allemagne, qui est d’environ 40 %, NDLR). Je n’ai jamais eu de problème ni avec la hiérarchie, ni avec les patients, si ce n’est rarement des dames âgées qui préfèrent qu’une femme s’occupe d’elles. J’ai le sentiment que les infirmières femmes sont un peu mieux organisées mais plus enclines à faire des critiques négatives !

Jakob Bode, propos recueillis par Emmanuelle François


Anthony, chef infirmier aux États-Unis : « Nos patients nous définissent par-delà notre genre »

Aux États-Unis, les soins infirmiers ont toujours été une carrière pour les femmes, tout comme les médecins ont toujours été des hommes. Heureusement, ces restrictions de genre se sont progressivement estompées et nous avons maintenant beaucoup de femmes médecins et beaucoup d’hommes infirmiers. Mon expérience en tant qu’infirmier a été très positive.

À l’école de sciences infirmières, près de 50 % des diplômés étaient des hommes. Depuis que je vis à New York, je n’ai pas connu la stigmatisation qu’on observe dans les régions rurales des États-Unis, où les normes de genre sont davantage marquées. Je crois que la profession d’infirmier est une profession sans distinction de sexe, comme n’importe quelle autre. Les caractéristiques requises pour être infirmier sont le dévouement, l’empathie, la pensée critique et la compassion. Il ne s’agit pas de qualités propres à un sexe en particulier et les patients aux États-Unis se sont habitués à des professionnels de santé qui se définissent par-delà leur genre.

Anthony Fortenberry, propos recueillis par Stéphanie Hasendahl


1- Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2018). Portrait sommaire de l’effectif infirmier du Québec 2017-2018. Montréal, Québec, Canada. A consulter sur : https://www.oiiq.org/documents/20147/3410233/Portrait+sommaire+2017-2018_final.pdf


POUR ALLER PLUS LOIN (réservé aux abonnés) :

- Soigner sans discriminer, L’Infirmière libérale magazine (mars 2019).

- Hommes infirmiers, « La force des préjugés », L’Infirmière magazine (janvier 2019)

- « Mauvais genre », L’Infirmière magazine (mai 2017)

« Le harcèlement au placard », L’Infirmière magazine (avril 2018) 

- « Les femmes au pouvoir », L’Infirmière magazine (2014)

- « Cap sur l'égalité femmes/hommes », L’Infirmière magazine (octobre 2016)

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