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05/12/2014

L'emploi du temps des infirmières à la loupe

Afin de mieux cerner le travail réel des infirmières, des chercheurs de la Drees (1) ont passé au crible le planning et les activités quotidiennes de 63 d'entre elles, exerçant dans dix établissements de santé de tailles, de statuts et de localisations divers.

Premier constat : les horaires normaux (7h30-18h30, en semaine), cantonnés aux services de soins ambulatoires (hôpital de jour, chirurgie ambulatoire, consultation, équipes mobiles), ne concernent « qu'une poignée d'infirmières » mais tendent à se développer. Dans les services de soins en continu, le découpage en trois postes reste majoritaire mais le travail en 12 heures progresse : source d'économies grâce à la suppression des temps de recouvrement, il permet une meilleure continuité et une plus grande autonomie dans l'organisation des soins.

Ce qui distingue les hôpitaux entre eux, c'est « le choix de dédier du personnel à la nuit au pas ». Si certains considèrent l'alternance jour-nuit comme une mesure d'équité et un moyen de se prémunir contre la perte de compétences qu'entraîne la « désocialisation professionnelle », d'autres pointent sa « pénibilité avérée » et prennent en compte la « convenance personnelle » des soignantes.

Un « troc » entre collègues

Tâche chronophage pour le cadre, l'élaboration des plannings peut être « un exercice très directif qui s'impose aux agents » ou, au contraire, permettre « la régulation au sein de l'équipe », avec la mise en place d'un « troc » entre collègues. « L'absentéisme est contenu parce que les souhaits du personnel sont en grande partie pris en compte », observent les auteurs. Malgré les règles d'équité (choix d'une des deux semaines pour les fêtes de fin d'année, durée maximale de congé d'été, alternance juillet-août), la fixation des congés reste source de conflits. « Dans certains cas, l'encadrement attend que les agents dont les demandes ne concordent pas trouvent un arrangement et s'il ne vient pas, les infirmières sont laissées durablement dans une forme d'incertitude relativement nocive. »

À cela s'ajoutent les aléas (maladie, enfant malade, décès d'un proche). La capacité d'autogestion du service pour les remplacements est un « test de solidarité du collectif ». Mais il est désormais demandé aux cadres de « trouver des solutions de lissage de la charge entre les services » du pôle. Un échange « qui renvoie les soignants à une image de personne substituable » pouvant être perçu comme « un déni de la compétence attachée au service et au métier qui lui est propre ».

L'éthique infirmière mise à mal

Les auteurs de l'étude distinguent les journées « programmées » et « jalonnées ». Les premières correspondent à l'activité en hôpital de jour ou en chirurgie ambulatoire : elles sont rythmées par les flux de patients et laissent peu de marge de manœuvre aux soignantes. Le quotidien des services d'hospitalisation complète est, quant à lui, jalonné par le passage de relais et les tours (médicaments, pansements, prise de constantes). La bonne journée, celle qui permet les échanges avec les patients, un déplacement sans entrave de chambre à chambre, voire une pause, est rare. Bien souvent, « le rituel est rompu » et le tour parfois inachevé. L'éthique de responsabilité infirmière – envers les patients et envers les collègues – est alors mise à mal.

Les chercheurs ne pouvaient faire l'impasse sur la charge de travail, notant une « forte variation d'effectifs » d'un type de service à l'autre – la gériatrie, les soins de longue durée se disent structurellement sous-dotés – et d'un établissement à l'autre. Mais « le sentiment de ne pas être entendu au cœur de son unité de travail » est « sans doute l'une des charges qui pèsent le plus pour les infirmières ».

Aveline Marques
Photo: © a_korn - Fotolia.com



1- « Étude qualitative sur le thème de l'emploi du temps des infirmières et infirmiers du secteur hospitalier », document de travail, série Études et recherche, Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, novembre 2014.

Les dernières réactions

  • 08/12/2014 à 06:54
    solange granier
    alerter
    Cette étude démontre la diversité et la multiplicité de l’exercice infirmier. Elle démontre aussi qu’on ne peut pas mettre toutes les IDE dans le même sac. Beaucoup de différences infirmières sont à prendre en compte. Mais nous pouvons toutes être d’accor

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