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L'infirmière Libérale Magazine n° 294 du 01/07/2013

DÉMENCE

L’exercice au quotidien

Lors d’un remplacement en libéral un week-end en banlieue bordelaise, Nadine Abiven s’est retrouvée face à un patient en crise de démence. Mais elle n’a pas su qui prévenir pour protéger le patient de lui-même.

Il y a quelques années, je faisais des remplacements en libéral. Tous les deux jours, ma collègue et moi-même suivions, pour des plaies aux jambes, un patient psychotique, qui vivait seul. Je l’avais déjà vu et, malgré son physique imposant – un mètre quatre-vingt dix pour cent...


Il y a quelques années, je faisais des remplacements en libéral. Tous les deux jours, ma collègue et moi-même suivions, pour des plaies aux jambes, un patient psychotique, qui vivait seul. Je l’avais déjà vu et, malgré son physique imposant – un mètre quatre-vingt dix pour cent kilos –, il était calme et régulièrement suivi par les infirmiers du secteur psychiatrique. Ce jour-là, après avoir passé la porte, j’ai senti que quelque chose “n’allait pas” : aucun volet n’était ouvert et, à 18 heures, son appartement se trouvait plongé dans la pénombre. J’ai remarqué qu’il n’avait pas descendu ses poubelles ni changé la litière du chat depuis plusieurs jours. Son regard était bien plus mobile que d’habitude et il semblait préoccupé. Il m’a dit de m’installer, mais, dès le début du soin, il s’est mit à crier : « Mais tais-toi, j’y peux rien ! », puis « eh bien si ça continue, je le tue ! ». Il était en pleine crise de démence et parlait à ses “voix ”. Instantanément, tous mes cours de psychiatrie me sont revenus en tête : j’ai donc rapidement fini le soin puis je suis partie, en essayant de ne pas lui montrer ma peur – j’étais enfermée, seule, chez un homme de deux fois ma taille et trois fois mon poids en pleine crise de démence… et je n’étais pas rassurée. Une fois sortie, j’ai réalisé qu’il représentait un danger pour lui-même et pour les autres, mais, le samedi soir, le service qui s’occupait de lui était fermé. J’ai donc appelé le Samu en pensant qu’ils m’enverraient les pompiers pour l’hospitaliser, mais la coordinatrice m’a dit qu’ils ne pouvaient pas intervenir tant qu’il refusait les soins, qu’il ne menaçait personne et qu’il ne se mettait pas en danger. J’ai alors appelé les urgences psychiatriques et ils m’ont demandé « de l’emmener rapidement ». Oui, mais comment ? Je ne me voyais pas remonter chez lui pour le convaincre de monter dans ma voiture ni faire le trajet avec lui. Bref, j’étais coincée. Finalement, ma collègue a simplement appelé le secteur le lundi matin et ils l’ont hospitalisé parce qu’il ne prenait plus son traitement. Reste que, pendant 48 ? heures, on a laissé un homme en plein délire dans un grand immeuble entouré de familles… et j’en garde un goût amer. Mais que faire d’autre ? »

Avis de l’expert

« Des situations toujours difficiles »

Stephan Pomarede, cadre de santé au Service d’évaluation de crise et d’orientation psychiatrique du CHS Charles-Perrens, Bordeaux (33)

« Les services d’urgences psychiatriques ne peuvent pas dépêcher de véhicules pour aller chercher les patients en crise. Les modalités d’interventions des pompiers suivent d’ailleurs des règles variables d’une ville à l’autre. Par exemple, à Bordeaux, ils n’interviennent que dans le cas des ASPDRE (Admission en soins psychiatriques à la demande d’un représentant de l’État). Dans ce cas précis, l’infirmière, une fois sa sécurité assurée, aurait donc pu rester sur place en attendant l’intervention d’un médecin (du Samu ou de SOS médecin), pour évaluer la situation et déclencher si besoin une hospitalisation. Sa présence aurait pu être utile pour rassurer le patient et l’aider à accepter les soins. Mais ce sont de toute évidence des situations toujours difficiles. »

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