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20/02/2019

Doit-on toujours dire la vérité ?

Philippe Baudon est médecin, auteur du livre « Médecin, lève-toi ! », paru aux Éditions Nymphéas (novembre 2018). Il revient, ce mois-ci, sur la nécessité, ou non, de dire toujours et strictement la vérité aux patients… et les conséquences que ça peut avoir.

Certains aléas de la vie devraient être réglés suivant la simple logique humaine et en bonne intelligence, en ayant toujours à l’esprit la perpétuelle empathie dont font preuve les infirmières vis-à-vis de ceux qui souffrent. En amont, il doit implicitement exister entre le malade et son médecin la chose la plus importante qui soit, et qui le restera toujours : la conservation d’une totale confiance réciproque, partagée au sein d’une équipe solidaire. Mais faut-il être toujours totalement transparent ? Dans cette logique où prime l’humain, l’expérience montre que certains non-dits peuvent, dans de nombreuses circonstances, éviter des drames. Et l’on doit éviter de traumatiser une personne, en s’abstenant de lui asséner brutalement une vérité qui ne se révélerait ni souhaitable, ni demandée par ailleurs.

En voici un exemple. Dans les années 1970-1980, après un accouchement, il était de bonne pratique de communiquer les résultats du groupe sanguin de la mère et de son enfant dans les jours qui suivent la naissance. Alors que je devais remettre à une récente accouchée les cartes de groupe sanguin, je découvre que la mère est du groupe A, et son enfant du groupe AB. Or le père était, lui, donneur universel, en raison de son groupe sanguin O -. De fait, il ne pouvait en aucun cas être le père biologique de l’enfant (1).

Aurais-je dû signaler ce fait, à la jeune accouchée ou au père de l’enfant ? J’ai pensé immédiatement que donner à cet instant précis, et sans aucune préparation en amont, ce type d’information ne m’appartenait pas ce jour-là. Je ne devais, à mon sens, faire aucun commentaire sur les résultats délivrés. C’est donc volontairement que je me suis abstenu de sortir du cadre de “l’information pure” à laquelle j’étais confronté de façon exceptionnelle.

Aujourd’hui, j’aurais été obligé, par le protocole médical en vigueur dans certains services, d’annoncer à la jeune femme ce type d’information, compte tenu de la transmission numérique des informations médicales. Pourtant, la révéler aurait été, à mon avis, sans intérêt immédiat et aurait pu avoir des conséquences désastreuses pour une petite famille en cours de constitution. Le père et la mère nageaient dans le plus grand bonheur. À bien y réfléchir, il s’agissait d’un mensonge par omission avec préméditation. Mais il devenait totalement acceptable car il fallait à l’évidence rester humain et je pense qu’Hippocrate ne m’aurait pas désavoué !

Être humain induit de savoir interpréter les protocoles toujours à l’avantage des malades et avec sollicitude, sans transformer le vécu de ces derniers en algorithmes sophistiqués. Une époque qui ne serait continuellement gérée que par des procédures complexes et autres décisions contraintes peut-elle être encore humaine ? Je pense que non.

Les dernières réactions

  • 07/03/2019 à 07:47
    Didier
    alerter
    Merci de la réflexion qui évoque une franche collaboration entre le malade et ses soignants en communiquant avec franchise et disant la vérité. La bible, livre de Dieu, nous encourage à dire la vérité aussi. Que dire et comment se comporter, en soutenant la logique de la vérité, a un malade qui souffre d'une maladie incurable?

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