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14/06/2017

Rebattre les cartes

Alors que notre système de santé montre des signes d’essoufflement, il est temps de reconsidérer les rôles et métiers de chaque professionnel dans l’organisation des soins.

Antoine Vial est Expert en santé publique, cofondateur du forum des Living Labs en santé et autonomie et ancien membre de la commission « Qualité de l’information médicale » à la Haute Autorité de santé.

D’où qu’on l’observe – et les infirmières sont parmi les mieux placées pour cela –, notre système de santé montre des signes plus ou moins prononcés d’essoufflement. Les hôpitaux publics sont en crise endémique depuis des décennies, la médecine libérale de premier recours ne remplit plus son rôle au point qu’il devient presque banal de parler de désertification médicale maintenant qu’elle touche autant nos campagnes que nos villes. D’aucuns pensent que nous n’y pouvons rien, je crois l’inverse. Quels que soient les problèmes de santé publique auxquels nous sommes confrontés, je crois en la nécessité de repenser et refonder notre système plutôt qu’en des réformes. Restons sur l’offre de soins de première ligne largement défectueuse. Elle est source d’engorgement des urgences alors que sept sur dix seraient traitables en ville. Parlons aussi du tournant pris en faveur de l’ambulatoire qui ramène beaucoup plus rapidement chez eux des patients exigeants des soins plus nombreux et spécialisés. Citons encore le vieillissement de la population et l’impérieuse nécessité de faire face au maintien à domicile. Évoquons enfin le circuit défectueux des médicaments et ses 10 000 à 30 000 morts par an d’iatrogénie (1). Ce ne sont que quelques exemples qui montrent que le besoin de remettre sur pied une première ligne de soins devient vital. 

Maintenant regardons du côté des solutions. Quand on parle de désertification médicale, la plupart des responsables pensent médecin généraliste. Sauf que de moins en moins d’étudiants choisissent cette voie et que, malgré bourse, défiscalisation, cabinet gratuit…, ils ne se précipitent pas plus. Tandis que certains, en cette période électorale, préconisent d’obliger les jeunes médecins à s’installer là où sont les besoins, on peut faire le pari que pas un gouvernement ne prendra ce risque ! Alors quoi ? Augmenter le numerus clausus ? On vient de voir que cela ne changera rien à l’absence d’attrait du métier d’omnipraticien. D’autant qu’il faut neuf ans pour former un médecin généraliste : que fait-on pendant ces années, on laisse les situations se dégrader davantage ?

Il est temps de rebattre les cartes et de reconsidérer les rôles et métiers de chaque professionnel dans l’organisation des soins. Les besoins de la population se sont modifiés et vos aspirations ont évolué. Sans démagogie, je m’interroge (2)Certaines infirmières, après 10 ou 15 ans d’activité dans différents services, ne pourraient-elles pas constituer la première ligne de la première ligne après être retournées un temps sur les bancs de la fac ? Je sais que poser la question suffit à provoquer la colère de certains, mais qu’importe. Nous sommes dans une impasse et seule la concertation, dans une démarche participative oubliant les corporatismes, nous permettra d’en sortir. Utopie ? Déjà le protocole Asalee qui repose sur le concept canadien d’infirmière de santé publique, permet à des IDE de prendre en charge l’éducation thérapeutique dans les cabinets de soins primaires. Une première étape ? 

1- Bégaud B., Castagliola D. « Rapport sur la surveillance et la promotion du bon usage des médicaments en France », 2013.
2- Santé, le trésor menacé, Antoine Vial, Éditions l’Atalante 15 € ou numérique 6,99 €.

Les dernières réactions

  • 15/06/2017 à 02:23
    Natsoleil
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    Et si, au lieu de nous traiter comme des fraudeuses sans aucun respect piur notre travail, notre disponibilité 24/24h, les alternatives aux hospitalisations aux urgences ou en fin de vie, l'assirance maladie nous laissait juste travailler? Et si elle nous soutenait au lieu de nous plombet par ses contrôles abusifs et sa toute puissance administrative? Et si on considérait les soignants comme des êtres humains et non comme des robots??? Peut être que la santé irait mieux? A commencer par celle des soignants ?
    Une infirmière libérale qui a encore l'énergie d'être en colère
  • 15/06/2017 à 02:29
    Natsoleil
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    Et si, au lieu de nous traiter comme des fraudeuses sans aucun respect pour notre travail, notre disponibilité 24/24h, les alternatives aux hospitalisations aux urgences ou en fin de vie, l'assurance maladie nous laissait juste travailler? Et si elle nous soutenait au lieu de nous plomber par ses contrôles abusifs et sa toute puissance administrative? Et si on considérait les soignants comme des êtres humains et non comme des robots??? Peut être que la santé irait mieux? A commencer par celle des soignants ?
    Une infirmière libérale qui a encore l'énergie d'être en colère
  • 15/06/2017 à 07:06
    Thebuzzz
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    C est une solution! À condition que l on fasse sauter la toute puissance médicale et qu l on considère les IDE comme des professionnels compétents et non sous une quelconque tutelle médicale. Je ne parle pas des généralistes de ville qui ne sont pas mieux considérés, mais des médecins hospitaliers trés politisés avec des égos énormes, qui bloquent les coopérations pour garder la toute puissance. D autre part, il faut aussi mieux faire comprendre à nos collègues que notre priorité c est le soins et ne pas rentrer dans un système d uberisation de notre métier avec d'énormes cabinets qui ne sont autre que des entreprises pyramidales à la solde d un seul IDEL, qui souvent ne professe plus mais gère les loyers que lui procurent par leur dur labeur ses collaboratrices!!!
  • 20/07/2017 à 14:51
    marlène 1963
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    Infirmière coordinatrice dans un centre de santé et salariée de la fonction publique territoriale, notre métier malheureusement reste méconnu. Nous faisons parties d'une équipe pluridisciplinaire et à ce titre, nous accueillons des patients qui se présentent pour voir un médecin en "URGENCE". Notre rôle est de "trier", apporter notre aide au diagnostique médical en pratiquant certains soins sur PM, et d'orienter vers un médecin du centre voir dans les cas d'urgence ou d’extrême urgence faire appel au 15. Alors que cette organisation fonctionne très bien on nous demande de revenir dessus pour le simple motif que cette activité n'est pas reconnue dans la nomenclature NGAP et ne ramène pas de recette à la commune. A quand le vrai changement ! et une vraie prise en charge globale de notre patientèle madame la ministre. Une IDE également en colère!!!!!
  • 21/07/2017 à 00:16
    Pascal
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    La profession infirmière moderne a été créée par Florence Nightingale, ce sont des infirmières qui forment des infirmières, c'est le modèle anglo-saxon, celui qui a poussé la profession jusqu'à la création d'universités en sciences infirmières, où la profession infirmière est partenaire de la profession médicale.
    En France, la profession a été créée au même moment par un médecin qui avait besoin de "petites mains" pour réaliser des tâches qu'il considérait ingrates, ce sont les médecins qui forment les infirmières, la profession est soumise au corps médical.
    Il faut que les infirmières prennent conscience de leur valeur, de leurs capacités et qu'elles se bougent pour faire émerger notre profession du XIXème siècle où elle végète.
    Le déficit de médecins à venir est l'occasion de se saisir de cette opportunité pour affirmer nos compétences, en acquérir de nouvelles et ouvrir enfin les yeux des décideurs sur la place incontournable de l'infirmière, qu'elle soit salariée ou libérale, dans le système de santé français.
    Et conséquemment de cesser de la considérer comme un tâcheron corvéable à merci et incapable d'être actrice du soin et de décider elle-même de la façon dont elle soigne.

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