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28/01/2019

Mathilde Basset : « On a oublié que dans l'Ehpad, le résident est chez lui »

En décembre 2017, après une journée où elle était la seule infirmière pour les 99 résidents de son Ehpad, Mathilde Basset publiait sur Facebook une lettre ouverte à Agnès Buzyn. Elle y criait sa révolte face à la situation qu'elle vivait et y annonçait qu’elle quittait le métier. Un an plus tard, ce modeste post a été partagé des dizaines de milliers de fois, et il est devenu un livre*. L’IDE nous explique sa démarche.

Espace infirmier : Comment votre lettre ouverte publiée sur Facebook est-elle devenue un livre de 250 pages ?

Mathilde Basset : A la suite de ce message, j’ai été approchée par des médias, puis par des maisons d’édition. Je trouvais qu’écrire un livre était un bon moyen de poursuivre le combat, et d’informer les familles des résidents sur la situation dans les Ehpad.

EI : Quelle est, au juste, la situation que vous dénoncez ?

M. B. : Il n’y a pas assez de postes de soignants. Il faut toujours faire vite, optimiser. On lève tous les résidents à 7 h, même si chez eux, ils avaient l’habitude de se lever à 9 h 30. Tout cela parce qu’il faut donner les petits-déjeuners, les médicaments… Le résident est obligé de se plier à l’organisation soignante, on a oublié que dans l'Ehpad, il est chez lui. C’est ce que je retrace dans le livre, en décrivant dans le détail non seulement la journée de décembre 2017 au cours de laquelle j’ai écrit cette fameuse lettre, mais aussi tout le parcours qui m’a menée jusque-là.

EI : Les réponses du gouvernement face au vieillissement (loi grand âge en préparation, prime pour les soignants, etc.) ne vous semblent donc pas suffisantes ?

M. B. : Non. Plusieurs choses me dérangent. On parle d’une prime pour les soignants, mais on ne dit ni quand elle sera versée ni à combien elle s’élèvera. Il serait de toute façon préférable d’augmenter le salaire de tous les professionnels paramédicaux qui travaillent autour du vieillissement. On parle également d’adapter les loyers des maisons de retraite aux revenus des résidents. Mais est-ce qu’on ne risque pas de dégrader encore la qualité des prestations ?

EI : Que préconisez-vous ?

M. B. : Je veux une augmentation de la masse salariale dans les Ehpad, des créations de postes d’infirmières et d’aides-soignantes. Quand on aura un nombre de soignants par résident acceptable, on pourra réorganiser le soin, l’axer véritablement autour du résident, de ses habitudes.

EI : C’est donc selon vous avant tout un problème de moyens ?

M. B. : C’est ce que j’ai vécu. Il est vrai qu’il peut aussi y avoir une question de coordination : nous avons parfois des lacunes au niveau de la communication entre soignants. Et il ne faut pas négliger la dynamique positive que peut parfois insuffler la direction d'un établissement. C'était le cas dans un Ehpad où j'ai travaillé en première année. Les choses fonctionnaient bien, et j'ai l'impression que la direction n'y était pas étrangère. Mais il faut aussi dire que cet établissement disposait des moyens nécessaires : nous étions environ un soignant pour deux résidents.

Propos recueillis par Adrien Renaud

* « J'ai rendu mon uniforme », Editions du Rocher, janvier 2019.

POUR ALLER PLUS LOIN...
Enjeux éthiques du vieillissement : l'interview de Régis Aubry, membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE), paru dans Objectif Soins et Management (réservé aux abonnés)

Les dernières réactions

  • 30/01/2019 à 19:18
    Camille
    alerter

    Je félicite Mathilde Basset pour son courage et son indignation devant la maltraitance qui peut exister dans les Ephad ,aussi bien du coté des personnes âgées que des soignants..Malheureusement cela fait des années que nous déplorons et dénonçons ces situations .Que fait-on du projet de vie et du projet social des résidents...Les normes de personnel de ces établissements varient de 1 à 3 entre la Belgique ,la Suisse par rapport à la France...
    A quand le respect des "séniors en résidences" ..
  • 31/01/2019 à 10:19
    kti
    alerter
    Il faut faire connaitre cet état de fait , ma belle mère est en hepad , le personnel trop peu nombreux nous a répondu lorsqu'on leur demande de la mettre aux toilettes que ce n'est possible que deux fois par jour , au lever le matin et au coucher du soir , le reste du temps c'est dans la couche ! C'est dégradant ! et les familles n'osent rien dire pour maintenir de bons rapports avec l'équipe .
    Il faut demander à Mme Buzyn comment elle réagirait si c'était sa propre mère !
  • 31/01/2019 à 16:04
    Pascal
    alerter
    Dans notre société en général et en institution en particulier, on dénie à la personne âgée son statut de citoyen à part entière. Pourquoi le fait de devenir dépendant de tiers pour les gestes de la vie quotidienne doit-il obligatoirement vous rétrograder socialement ? Le déni de la personnalité de chacun ne doit pas être inéluctable. Ayant la chance d'exercer en libéral, je m'adapte au rythme de chacun, il m'arrive de faire des toilettes à 11h et de coucher des patients à 22h. Si on se donne la peine on peut aider nos aînés à vieillir dignement..
    L'ensemble des soignants le serine à longueur de temps, il faut des moyens humains, en nombre et en qualité pour des prises en soins efficientes.
    Le philosophe Ricoeur, cher à qui vous savez, le disait : '' soi-même comme un autre ''. L'altérité est la base, il faut aller dans ce sens car l'avenir est terrifiant : comment serons-nous soignés ?
  • 03/02/2019 à 14:35
    Mary.hen.fred@orange.fr
    alerter
    Bonjour, je suis retraitée et je m occupe de ma maman qui est en Ehpad depuis 1an, et je comprends le désarroi de ceux qui y travaillent, la solitude de ceux qui assistent leurs parents et la longue agonie des personnes placées dans ces endroits deshumanises et dans le non bien être méfions nous un jour ce sera notre tour

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