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14/06/2018

Cannabis thérapeutique : vers un usage maîtrisé ?

Si la ministre de la Santé a ouvert récemment le débat, reconnaissant le « retard » de la France sur la question, une étude révèle que huit Français sur dix sont favorables à l’utilisation du cannabis à usage médical. Nous avons fait le point avec le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand.

La fin d’un tabou ? Longtemps rejetée aux marges du débat public, la question du cannabis médical revient sur le devant de la scène. Une enquête IFOP pour Terra Nova et Echo citoyen, publiée le 11 juin, révèle que 82 % des interrogés sont favorables à l’utilisation du cannabis prescrit sur ordonnance (1). Le 24 mai dernier, au micro de France Inter, Agnès Buzyn pointait, pour sa part, le « retard » de la France dans le « développement et la recherche du cannabis médical », et annonçait sa volonté « d’ouvrir le débat ». Une annonce qui fait suite à une journée d’audition organisée le 12 avril à l’Assemblée nationale par le député Olivier Véran, rapporteur général de la Commission des affaires sociales.

« Il en est ressorti une réelle volonté de permettre un accès au cannabis médical », juge le Pr Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand et directeur de l’Observatoire français des médicaments antalgiques (Ofma), auditionné à cette occasion. Il faut dire que la situation n’est pas reluisante : à ce jour, le seul médicament autorisé en France est le Sativex, un spray buccal à base de cannabis utilisé pour traiter la spasticité dans la sclérose en plaques. S’il dispose d’une autorisation de mise sur le marché depuis 2014, il n’est toujours pas commercialisé, faute d’accord sur le prix de vente entre les autorités et l’industriel…

Le besoin existe pourtant, au moins en deuxième ou troisième intention. « On parle de quelques milliers de patients, estime Nicolas Authier. Les principales indications, pour lesquelles il existe des niveaux de preuve modérés, sont le traitement de la douleur chronique, les nausées et vomissements dans les chimiothérapies anticancéreuses, et la spasticité dans le sclérose en plaques. » Faute de mieux, les patients en viennent souvent à consommer des produits au dosage incertain, qu’il s’agisse de marijuana ou d’e-liquide au CBD (voir encadré).

Un registre national ?

À l’étranger, le cannabis à usage est légal dans 17 pays et toléré dans beaucoup d’autres. « Les modèles canadien et allemand sont intéressants », estime Nicolas Authier, qui défend la mise en place d’un registre national (à la canadienne) afin de contrôler la prescription. « On pourrait commencer, par exemple, par une délivrance en pharmacie hospitalière, puis dans un second temps, en pharmacie de ville (comme en Allemagne, NDLR)  », détaille-t-il. Quant à la voie d’administration, elle ne devrait être « sûrement pas fumée » mais orale, du type spray buccal ou gélule.

En attendant une possible légalisation, comment se comporter face à des patients qui consomment du cannabis à des fins thérapeutiques ? De façon pragmatique, conseille Nicolas Authier. « À priori, ça veut dire que la personne est en échec avec les thérapies traditionnelles, donc il est important d’être à l’écoute, indique-t-il. Il faut travailler sur la manière de réduire le risque lié au mode de consommation, par exemple, en conseillant à la personne de s’orienter vers du vapotage plutôt que des cigarettes traditionnelles, et bien sûr, discuter le bon dosage. »

Cannabis, de quoi parle-t-on ?

Les deux principales substances actives du cannabis sont le THC (tétrahydrocannabinol), aux effets euphorisants et énergisants, et le CBD (cannabidiol), qui suscite une sensation de détente et d’apaisement. Pour un usage antidouleur, on privilégie souvent un ratio THC/CBD proche de 1, afin de limiter les effets du THC. Les études sur le sujet sont limitées, mais les aspects psychoactif et antalgique du cannabis semblent difficiles à distinguer. « Dans la douleur chronique, il y a une dimension psychique majeure, parfois même supérieure à la douleur physique », indique Nicolas Authier. Le dosage en THC et CBD des plants de cannabis est très variable selon la provenance et le mode de production.


Yvan Pandelé

1. Enquête réalisée du 15 au 18 mai, auprès d’un échantillon représentatif de 2 005 personnes âgées de 18 ans et plus

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Retrouvez notre enquête dans le prochain numéro de L'Infirmière magazine (IM396)

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