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Quelles sont les raisons qui ont motivé ce livre et à qui s’adresse-t-il ?

Alexandre Manoukian : Ce livre s’adresse à tout professionnel de santé, mais peut-être davantage aux IDE et aux AS car je les côtoie depuis les années 1980. Dans mes premières années de travail en tant que psychologue, je me suis investi dans la prise en charge des patients et le soutien des familles, puis progressivement, j’ai entendu de plus en plus de plaintes, de désirs de changement, de ras-le-bol. J’ai cherché dans la littérature professionnelle. Beaucoup d’auteurs et de chercheurs avaient déjà abordé la question de l’épuisement au travail comme un mal être spécifique, dépassant de loin la simple fatigue physique ou même le surmenage émotionnel. Dans le même temps, j’ai reçu des demandes de soutien de la part d’équipes en difficulté. C’est ainsi que j’ai avancé sur cette question du burn-out.


Les professionnels de santé sont parmi les plus touchés par le syndrome d’épuisement ou burn-out, pourquoi ?

Historiquement, c’est là que le concept de burn-out a vu le jour. Je développe dans mon ouvrage non pas les causes directes, mais plutôt l’ensemble des sources favorisant cet état de ras-le-bol, cet esprit de lassitude, cette envie de démission. Les soignants ont les mêmes besoins que tous les travailleurs : donner du sens à leur activité, obtenir une récompense en rapport avec leurs efforts, satisfaire les besoins de sécurité mais aussi de reconnaissance… Il y a encore beaucoup à faire, mais être soignant c’est aussi évoluer dans un univers particulier plutôt éprouvant émotionnellement : une rencontre permanente avec la souffrance, voire la mort, en passant par l’agressivité. Il faut venir voir ce qui se passe dans les soins pour assez vite comprendre…


Peut-on identifier les principaux facteurs potentiels du burn-out ?

En résumé, je dirai que l’ensemble des tâches à accomplir, des procédures à respecter (parfois en contradiction entre elles), la considération à apporter à chacun (au pas de course), la communication à avoir entre professionnels (pour laquelle le temps manque), la perte d’énergie face à des situations difficiles (et la lassitude qui en découle), les faibles récompenses économiques obtenues (dont il faut se contenter bien évidemment dans un contexte social de chômage…), la confrontation répétée avec l’absurdité des logiques administratives ou financières (qui ont leur propre raison d’être, que la raison soignante ne connaît pas) sont devenus banalement notre quotidien.


Quelles sont les actions de prévention à mettre en œuvre pour y remédier ?

Comme je l’écris, les réponses sont à plusieurs niveaux : socio-politique, bien sûr; corporatiste, évidemment; managérial certainement, car un encadrement compétent, efficace, protecteur et ne perdant pas de vue le sens du soin est un bon soutien pour les équipes; et enfin, le niveau personnel, qui est le plus accessible mais pas forcément le plus efficace. Mais rien n’est à négliger quand on est découragé et épuisé.


Quels recours ont les soignants face à ce fléau ? Le burn-out est-il reconnu comme maladie professionnelle ?

Peu à vrai dire à ce jour, car si médicalement parlant, le stress est un phénomène psychophysiologique bien connu, bien analysé et plus ou moins traité, la conséquence globale qui en résulte -qu’on appelle le burn-out- est d’emblée perçu comme trop multifactoriel pour être reconnue comme une maladie professionnelle. On y voit une perception trop individuelle, un mélange de facteurs intimes, familiaux et professionnels, une échappatoire commode et invérifiable face aux contraintes du travail... Des accords sociaux ont été conclus dans le secteur public et dans des grandes entreprises privées, mais rien d’autre.

Le recours le plus utilisé et le moins contestable est celui de la maladie : que ce soit la dépression, la grande fatigue, la perte de contrôle de soi. Et là encore, un phénomène que je dirais "écologique" comme le burn-out -au sens où l’environnement relationnel, organisationnel, économique est déterminant- devra se régler sur le dos du seul individu. Ainsi le soignant n’est plus victime du burn-out et donc de son travail mais il en serait la cause, en un mot il serait inadapté. Comme toujours, il reviendra aux soignants eux-mêmes de prendre leur destin en main en réaffirmant leurs valeurs, leurs projets et leurs motivations. Cela signifie délivrer un discours positif avant d’être réduit à n’émettre que des plaintes, qu’au final personne n’entendra.

Propos recueillis par Isabelle Ferrand


La Souffrance au travail, 2e édition, Alexandre Manoukian, Éditions Lamarre, février 2016

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